Cinq lectures, cinq maisons, cinq aventures

Les lectures que l’on fait au coin du radiateur, dans un appartement pollué par le bruit des voisins, sont souvent des échappatoires. On lit des livres de voyages et des récits de changements d’horizons. On se glisse entre les lignes des aventuriers des temps modernes comme dans un bon bain chaud, pour oublier les quatre murs qui nous enserrent et nous étriquent la vie. Parmi ces lectures, il y a celles qui racontent l’achat d’une maison dans une autre région ou un autre pays que les siens, sa rénovation, le défrichage du jardin. Recherche d’autosuffisance, rencontre des voisins, apprivoisement du terrain et du milieu naturel, apprentissage des matériaux et des techniques : un chemin initiatique.

Parmi les livres qui m’ont fait rêver de l’achat d’une maison comme d’une aventure humaine, je vous en propose cinq.

Chris Stewart, Ma ferme andalouse, 1999.

A 17 ans, il est batteur du groupe Génesis auquel il donne naissance avec Peter Gabriel et Tony Banks. Le premier album est un flop, Chris abandonne le groupe et le monde de la musique. Il devient alors tondeur de moutons itinérant et se met à voyager à travers le monde. Plus tard, il décide d’acheter une ferme en Andalousie avec sa femme Ana. La terre est isolée de l’autre côté d’une rivière, en plein milieu des montagnes, sans eau courante ni élctricité. Qu’importe, Chris et Ana n’en font qu’à leur tête, retapent les bâtiments, achètent des moutons et deviennent éleveurs. L’acclimatation est compliquée, les relations avec les voisins et les habitants du coin parfois tendues ou teintées de méfiance de la part des andalous, mais le couple creuse son sillon. Leur fille Chloé nait en Espagne et a la chance de grandir dans ces paysages grandioses, sur ces terres rudes et merveilleuses à la fois.

Didier Decoin, Avec vue sur la mer, 2005.

C’est l’histoire d’un homme, ou plutôt d’un enfant, qui est tombé amoureux d’un bout de terre, d’un bout du monde sauvage et plutôt inhospitalier : une maison de vacances tout près de la Hague, battue par les vents et rongée par le sel mais symbole d’une escapade estivale gravée dans la mémoire de l’adulte. Adulte qui, après tant d’années, s’est résigné à oublier ce refuge, cette illusion, surtout après la construction de l’usine de retraitement des déchets sur le site de la Hague. Et puis, un jour, comme toujours dans la vie, le hasard, qui n’existe pas, ramène Didier Decoin, scénariste, à l’endroit de son coup de foudre enfantin. Avec sa femme, il tente de rechercher la maison de son enfance. En vain. Mais, la décision est prise : ils vont acheter une résidence secondaire ici. Incrédulité et incompréhension du côté de leurs amis et de leur famille : comment peut-on avoir l’idée de venir habiter là-haut, plus près de l’Angleterre que de la France, si loin de Paris, dans un lieu où les tempêtes sont légion, les coups de soleil une pure invention et les plages des étendues plus propices à la vente de parapluie que de parasols ?
Cependant, la magie opère, celle des landes fouettées par les embruns, celle de l’obstination amoureuse qui fait fi de tous les obstacles et place son entêtement à réaliser son projet au-dessus de tous les aléas matériels, celle d’une maison rabougrie dont l’âme dépasse immensément les frontières de ses quatre murs.
Frances Mayes, Sous le soleil de Toscane, 1996.
Frances Mayes nous entraine dans sa douce folie de s’attaquer à la rénovation d’une immense vieille batisse toscane, de s’établir en résidence estivale dans un coin d’Italie dont elle ne parle pas la langue, de chercher avec plus ou moins de succès des ouvriers volontaires pour s’attaquer à des murs de pierres datant des Etrusques, à des terrasses enfouies sous une végétation anarchique. Frances Mayes et son compagnon, loin de s’asseoir sur une chaise longue pour regarder les autres travailler, mettent la main à la pâte dans la maison comme au jardin, et l’on suit leurs travaux, leurs découvertes, leurs petits soucis racontés avec tellement de vérité qu’on les fait nôtres, qu’on se sent par moments partie prenante de cette aventure toscane.
Et puis, plus que tout, il y a l’art de vivre. La nourriture, les plaisirs simples, le goût de l’ail, du basilic, de l’huile d’olive et du vin local; les senteurs des roses, le jus des fruits mûrs, le chant entêtant des cigales et le vent caniculaire dans les tilleuls et les figuiers. L’auteur nous met l’eau à la bouche et le baume au coeur, de voir à quel point la vie peut être simple à l’extrême, presque poussée au dénuement, et en même temps d’une élégance, d’une richesse à faire pâlir de jalousie les créateurs du style chic. Car quoi de plus « classe' » que de croquer une figue du jardin, que de marcher pieds nus sur des dalles fraiches en pleine chaleur, ou de se faire bronzer à l’abri d’une pierre antique ?
Barbara Kingsolver, Un jardin dans les Appalaches, 2007.
Il s’agit du livre que Barbara Kingsolver a co-écrit avec son mari et sa fille aînée, et dans lequel ils nous racontent leur aventure humaine et agricole. Leur but : se nourrir durant un an de leur propre production d’animaux, de fruits et de légumes. Cette tentative d’auto-suffisance alimentaire n’obéit pas à un élan de sectarisme. Simplement conscients de la mauvaise marche du monde, des horreurs que nous ingurgitons au quotidien (qui plus est aux Etats-Unis) et des conséquences dramatiques que la nourriture industrielle produit sur l’environnement et sur nos organismes, ils forment le vœu de changer leur mode de vie du tout au tout et de contrôler de A à Z ce qui arrive dans leurs assiettes. Plus qu’une promotion du Bio, il s’agit d’une mise en valeur des produits locaux, d’une remise à l’honneur de variétés anciennes oubliées. Plus de bananes, mais des tomates et des courges du jardin, une vie au rythme de ce que les saisons offrent. Loin de finir overdosés de patates, Kingslover et sa famille découvrent au contraire une variété infinie de possibilités. Preuve irréfutable que cultiver la terre et faire la cuisine ne sont pas des activités arriérées, mais bien au contraire des paris de partage et de renouveau sociétal, des grains de sable qui, tous assemblés, pourraient nous permettre, un jour, qui sait, de changer.
Peter Mayle, une année en Provence, 1993.
Une année en Provence, ce sont douze mois de pur bonheur au cours desquels, page après page, l’auteur nous raconte l’expérience de son immigration de la pâle Angleterre vers le lumineux sud français. Pas celui des touristes, des plages et des hôtels bondés. Non, celui des paysans, des viticulteurs, des bons vivants et des fous du Mistral; celui où le temps prend un tout autre relief, où le rythme est plus lent, plus chaloupé, plus incertain. C’est à la loupe, à travers le filtre de sa vision mi-ironique mi-étonnée, que Mayle nous décrit ce pays qui l’adopte et qu’il adopte de jours en jours en y tissant des liens toujours plus étroits avec ses voisins, avec les paysages, la langue et la gastronomie. Un incontournable.
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Une réflexion sur “Cinq lectures, cinq maisons, cinq aventures

  1. Coucou J’ai adoré « un jardin dans les Appalaches » et tu me donnes envie de lire la Toscane et l’Andalousie :o) Peter Mayle je l’ai lu il n’y a pas très longtemps non plus mais j’ai préféré le 1 à la suite. J’aime beaucoup les livres qui parlent du chemin qu’on parcouru les gens pour devenir plus autonomes et, bien sur, les romans de « terroir » comme on dit, qui nous aident à retrouver des traditions ou des savoir oubliés. Merci pour ce partage ! Belle semaine :o)

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