La cuisine est amour et musique

La cuisine, ce n’est pas que se creuser la cervelle pour remplir son estomac. Ce n’est pas que se rendre comme un zombie au supermarché pour garnir son chariot de mets qui ne nous inspirent plus une fois qu’ils nous regardent depuis les étagères du frigo.  La cuisine, c’est de l’amour. C’est un don de soi, quelque chose de pur, d’intime, de presque sensuel. On donne à manger, on nourrit ceux que l’on aime, on remplit leurs corps et leurs cœurs de ce que l’on peut faire de mieux, de ce que l’on a de meilleur. On prend soin de leur physique et de leur mental, on panse les plaies, on calme les tripes. On concocte quelque chose d’épicé pour les égayer ; de bons petits plats pour les réchauffer quand ils sont fatigués, ou déçus, peinés ; des repas tout doux pour les bercer, comme on chante une berceuse à un enfant. C’est comme un cadeau.

Un roman japonais résume parfaitement cet état d’esprit et cet amour qui naît de la cuisine, en fait, cette cuisine qui est amour:

Ogawa Ito, Le restaurant de l’amour retrouvé, 2008.

L’héroïne, au début du récit, travaille dans un restaurant turc et a un petit ami indien, lui aussi dans la restauration. Et puis, un soir qu’elle rentre du travail, elle trouve l’appartement désert, non seulement vide de toute présence humaine, mais également de la totalité de ses meubles et autres objets. Ce qu’elle regrette le plus ? Sa batterie d’ustensiles de cuisine, qu’elle a achetés petit à petit grâce à ses économies. Par chance, cachée dans un coin, elle retrouve la jarre remplie de saumure dans laquelle sa grand-mère faisait mariner ses légumes. Alors, Rinco, la jarre sous le bras, puisqu’elle n’a plus rien à faire en ville et puisque sa vie s’est vidée de sa substance matérielle, prend un bus et retourne dans son village natal, dans lequel elle ne s’est pas rendue depuis des années. Assez esseulée, sans le sou, à l’aide d’un vieil ami, elle se lance dans la création de son restaurant : un lieu hors du temps et de l’espace qu’elle conçoit comme un cocon, un écrin d’amour qui ne recevra qu’une ou deux personnes par jour.
Mais la cuisine n’est pas qu’amour, elle est aussi musique. Elle est composition mélodieuse et recherche d’harmonie entre les différentes saveurs que l’on marie. Elle peut être douce ou enlevée, pimentée par des épices qui jouent du tam tam sur notre palais, fruitée comme une chanson douce, ou encore métissée telle une symphonie riche et dense de multiples instruments. J’aime cuisiner en musique, sans toujours réussir à identifier laquelle des deux guide l’autre. Cumin, massala, curry, coriandre, muscade et un disque de la sublime Susheela Raman, et me voilà absorbée dans une cérémonie culinaire qui a tout de la relaxation et de l’expression pure du bien-être le plus total. Un bien-être qui m’envahit et se dépose dans les casseroles, pour aller se nicher au creux des papilles de mes hôtes, puisque l’on y revient toujours, la cuisine est amour.
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