Les grues dans le ciel de la Pampa

Elles passent, elles repassent, elles font « crou crou » depuis bien deux semaines. Au volant, je rêve d’avoir un toit panoramique pour ne pas avoir à me pencher sur mon tableau de bord. A la maison, dans le jardin, elles sont des centaines à me survoler le nez. Elles sont belles, élancées, exotiques, tout ce que vous voulez. Si bien que, j’y ai réfléchi dernièrement, si on me disait tiens, allez, je te donne l’argent qu’il faut, tu changes de vie, je te paie les études, qu’est-ce que tu choisis ? Eh bien, c’est décidé, monsieur le mécène : je veux faire ornithologue ! Je veux voir des plumes, je veux compter du volatile. Je veux avoir la marque des jumelles sur les yeux et me lever à l’aube pour voir les migrateurs partir. Je veux leur coller une puce au derrière et les suivre jusqu’en Afrique sur mes capteurs. Je veux de l’oie, de la mouette et du cormoran. Je veux de la cigogne et de la grue. Et du martin pêcheur aussi, un peu.

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Les oiseaux migrateurs, ici, les grues, m’obsèdent et me ravissent. Je sursaute en les entendant, leurs cris aigus et denses, prenants. Je me rue à l’extérieur, le nez en l’air, pour les apercevoir. Alors, je frissonne, je tremble, fébrilité de l’enfant qui entrevois le Père Noël sur son traîneau. Mais en plus sauvage. Mais en plus grandiose. Les grues tournoient au-dessus de ma tête et je me dévisse le cou pour les accompagner du regard. Elles cherchent leur cap, un peu comme moi, parfois. Et puis, elles le retrouvent. Le grand V se reforme et c’est reparti pour le grand périple, la traversée de l’Europe. Béni soit le pays où j’ai posé mes valises d’être sur leur route. Car elles me transportent, elles me prennent avec elles et m’offrent le paradis dans cet instant magique. La possibilité du voyage…

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Un jour, on les a vues dans le ciel, d’abord. Par dizaines. Puis par centaines. Elle a attrapé ma main et nous avons traversé l’étendue molle, la terre humide. A l’autre extrémité, nous les avons approchées, observées. Elle a serré ma main un peu plus fort. « Je vole ! Je vole ! » Elles se sont senties un peu dérangées, se sont envolées en désordre, puis sont allées se poser dans un champ voisin. Un long moment, sous le soleil, nous nous sommes éblouies à scruter leur ballet aérien, à le fixer dans nos mémoires. Émerveillées d’être spectatrices de leurs bavardages, nous sommes restées longtemps les deux pieds plantés dans la terre. Enfin, nous avons décidé de les laisser tranquilles. Nous avons tourné les talons. « Quand même, on a de la chance d’avoir pu être libre pendant un moment ! »

A 6 ans, parfois, souvent, on dit mieux les choses qu’à l’âge adulte.

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Ce soir, elles étaient au-dessus de nos têtes, au-dessus de la Pampa. Deux ans plus tard, elle est toujours aussi folle des grues. Moi aussi d’ailleurs. « Bon voyage », on leur a dit. « Attendez-moi, moi aussi je veux aller en Afrique ! », leur a-t-elle crié. Un jour, je te le souhaite, j’ai pensé…

(Elle vient de lire l’article. Je l’ai observée du coin de l’oeil. « Tu pleures, maman ». « Toi aussi ! ». « Oui! ». Un ange passe…)

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