De la bienveillance et autres gentillesses

Il y a les « pour », les « contre », les irréductibles du bâton et les adeptes de la bienveillance. On la cuisine à toutes les sauces et c’est devenu tendance d’employer ce mot et d’essayer de le mettre en pratique. Or, tout le monde n’est pas convaincu…

Lorsqu’on débute en tant que pédagogue, enseignant, la première chose que l’on vous conseille d’acquérir, c’est l’autorité. C’est l’un des critères clés qui fait pencher la balance en faveur ou en défaveur de la validation de l’année de stage. Un professeur qui se fait déborder par sa classe, ne sait pas la « gérer », ne fait pas preuve d’autorité, voit ses chances compromises de devenir titulaire un jour. En conséquence de quoi les jeunes lauréats du concours arrivent sur leur premier terrain de jeu effrayés et angoissés avec une seule et unique question, un leitmotiv obsédant : vais-je réussir à les dominer ? Les choses se corsent d’autant plus que la première destination est souvent un établissement dit « difficile » où l’autorité et le respect de l’adulte ne sont pas faciles à imposer. Survient alors un sentiment d’échec et des années à tenter d’y remédier.

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Des années plus tard, lorsque l’enseignant a enfin la chance d’exercer son métier sous des cieux plus cléments, l’autorité vient naturellement, avec l’expérience et grâce au travail avec des élèves plus respectueux, plus gentils, tout simplement. A ce stade, on remarque qu’on a le choix. Autant dans la première partie de carrière, « la santé mentale d’abord » et le « c’est eux ou moi » prédominent dans un instinct de survie qui nous indique de sauver notre peau de ce marasme agressif et violent, autant au calme on peut commencer à se préoccuper plus du pédagogique que de l’autorité. Or, certains demeurent dans le conflit, soit parce qu’ils n’ont pas l’idée de faire autrement, soit parce qu’ils… le recherchent. C’est triste de le dire, mais pour certains enseignants, la bienveillance est un gros mot. Pour eux, il faut faire régner l’ordre, quitte à crier, ne jamais sourire et être dans le reproche permanent.

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Une autre voie peut s’ouvrir : celle de la gentillesse. Attention, il ne s’agit pas de tout céder, bien au contraire. Il faut se fixer des règles, avoir clairement en tête ce que l’on n’accepte pas, ce qui est intolérable. A partir de là, une fois les choses posées et établies avec les élèves, le contrat est adopté :

  • Être agréable : dire bonjour, être poli, s’entraider, être de bonne humeur
  • Être à l’écoute : être attentif, écouter les autres, ne pas couper la parole
  • Être respectueux : prendre soin du matériel, bien se tenir, parler à voix basse quand on travaille en équipe

C’est peu de choses, cela paraît simple et benêt, mais c’est la clé de tout travail en groupe. Et il faut commencer par appliquer ces règles… à soi-même ! Comment demander à un jeune d’être poli lorsqu’on s’adresse à lui de manière trop cavalière ? Comment lui demander de parler doucement si on lui hurle dessus à longueur de journée ? Comment exiger le respect lorsqu’on a un comportement teinté d’agressivité ? Croyons en la bienveillance et en la gentillesse, faisons-en un credo. Encourageons plutôt que de dénigrer, valorisons le positif, sourions, écoutons, expliquons. Il ne s’agit pas d’une recette magique. Il s’agit juste de se comporter comme nous aurions envie que les autres se comportent avec nous. En cas d’abus, la sanction est simple : l’exclusion du groupe. Parce qu’il n’existe pas d’autre manière plus bénéfique pour être ensemble que d’être calme, attentif, bienveillant.

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8 réflexions sur “De la bienveillance et autres gentillesses

  1. Tu as raison, pour certains enseignants, la bienveillance est un gros mot, parce qu’elle est confondue avec le laxisme et la permissivité. Une des clés est, comme tu l’as dit, la délimitation du terrain, et le respect des règles du jeu ! Oui, on peut faire de l’école un « jeu sérieux », son sens premier d’ailleurs…

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  2. Bravo pour cet article, le sujet de la bienveillance et de l’autorité me fascine aussi dans le sens où il y a une nouvelle génération de parents « bienveillants » qui s’élève, et donc sans doute aussi d’enseignants bienveillants. Et je me demande du coup comment se configure l’autorité dans ces cas-là : d’après certains il faudrait qu’elle soit complètement absente, d’autres font dans la demi-mesure mais globalement…. on ne sait pas trop quelle est la solution magique.
    Je me souviens en tant qu’enfant que les punitions humiliantes ne m’incitaient jamais à recommencer, ça c’est vrai. Et pourtant, je me souviens également m’être fait la promesse de ne jamais faire la même chose aux miens plus tard (les fameux « tu dis ça maintenant, mais tu verras quand ce sera ton tour »). Je n’ai pas recommencé ma « bêtise », donc la punition a fonctionné, ce fut bel et bien un succès ! Alors au lieu d’en prendre exemple, pourquoi ai-je tellement envie de faire le contraire et d’oser espérer me faire respecter malgré tout ?
    Je pense que la compréhension psychologique est également un des fondements de l’éducation, et l’instauration de l’autorité par la peur ne mène jamais à la sympathie (les exécutions de nos rois et dictateurs d’antan devraient en dire long…).
    Je dis cela, mais je peux aussi comprendre que certains enfants sont plus difficiles à gérer que d’autres. Un caractère un peu rebelle, une hyperactivité difficile à canaliser, un traumatisme, une maladie ou des problèmes à la maison, etc. Et c’est bien pour cela que le mot d’ordre de bienveillance me laisse tout de même perplexe : quelle est la limite entre trop de bienveillance, et trop d’autorité ? Je crois au final que c’est un peu le combat de tous les parents et enseignants, et chacun aura toujours son avis personnel sur la question.

    Je te remercie pour cette introspection dans les difficultés de carrière des enseignants, ils méritent le plus la tolérance. Bonne soirée !

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    1. merci, vraiment merci pour ton commentaire ! tu as exactement saisi là où je voulais en venir : face à des enfants « sages » et calmes, facile de ne pas user d’autorité. Je l’ai vu aujourd’hui même en classe alors que le seul « élément perturbateur » était absent. Mais lorsqu’il est là, impossible de ne pas punir, impossible de rester dans la seule bienveillance, parce que le message ne passe pas, parce que la gentillesse parfois rencontre un mur. Face à une incapacité à se comporter correctement, soit à cause de soucis d’hyperactivité… et souvent de provocation volontaire, il est obligatoire d’être ferme. Trouver le bon dosage, c’est en effet ça le plus dur, et rester soi-même ! Bonne soirée et encore merci !

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  3. Et l’autorité bienveillante alors ?
    Avoir à l’esprit que quand on pose des limites, qu’on informe sur ce qui peut se faire et ce qui ne peut pas, et qu’on sanctionne si la limite a été franchie, on est aussi bienveillant, surtout à ce moment-là d’ailleurs, car le message est en réalité « parce que je me respecte et que je te respecte, je t’empêche de commettre l’injustice et d’œuvrer à la destruction. » C’est parce qu’on est bienveillant et soucieux de l’autre que, justement, on lui signifie les conditions d’appartenance au groupe. Non ?

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  4. Tout à fait. Ensuite, lorsque, malgré les préventions et avertissements bienveillants, l’élève enfreint la règle, quelles sanctions adopter ? quelles punitions mettre en place ? l’exclusion du groupe ? une chaise à part ? une recherche à faire ? …

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  5. Ce que je veux dire c’est que sanctionner est un acte bienveillant. Laisser faire des bêtises est une violence.
    Par contre la documentaliste que je suis ne saurait trouver dans la recherche à faire la conséquence d’une sanction… Plutôt celle d’une récompense !

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