Balance ton porc, balance ta société, balance ton héroïne !

Depuis plusieurs semaines maintenant, les hashtag « Balance ton porc » et « Me too » ont un succès phénoménal. Cependant, il faut remarquer que cela tourne au pugilat et finit par ressembler aux tonsures d’après guerre sur la place publique. La dénonciation libère-t-elle véritablement les femmes ? Que trouvent-t-elles de si jouissif dans l’étalage de leur souffrance ? Chacune s’est sentie le droit de publier le nom de son agresseur ou d’écrire sur son blog, peu importe si le sujet n’avait rien à voir avec ce qui y est évoqué d’habitude, un couplet sur une scène vécue d’agression sexuelle. Automatiquement dans ce genre de démarche de masse dont seul internet a le secret, celles qui n’avaient personne à balancer ont été exclues du groupe et celles qui n’ont pas osé le faire pour des raisons qui leur sont propres ont été immédiatement vues comme des timides, des apeurées, des pas encore assez affirmées. Ici, on ne balancera personne.

Par contre, on se posera ensemble la question que pose cette femme sur Twitter : balancer, oui, et après ?

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Soulignons en préambule l’immense hypocrisie des médias qui disent soutenir les femmes dans leur démarche de résilience mais mettent sur les plateaux télé des bombasses provocantes aux décolletés ravageurs, invitent des amuseurs à placer des blagues plus salaces les unes que les autres et créent des scènes familiales assez insolites au cours desquels un père rit grassement aux plaisanteries cochonnes et dégradantes offertes par son petit écran tandis que ses filles adolescentes sont assises à ses côtés sur le canapé du salon. De quoi offrir une vision biaisée de la chose sexuelle dès le biberon. Car, oui l’éducation est la base de tout. L’éducation des garçons comme des filles. Éduquer les garçons à respecter les filles et les filles à s’affirmer… et les deux à ne pas jouer le jeu de cette société misogyne et désaxée.

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Balance ta « musique »

Musique entre guillemets puisque nous ne sommes pas certains de pouvoir justement attribuer cette dénomination à ce qui en fait est un ramassis d’obscénités. La radio et la télévision à travers les clips enchaînent les titres dont les paroles ne prêtent à aucun confusion : la femme est traitée comme une prostituée. En anglais ou en espagnol, les radios misent peut-être sur le fait que personne ne comprend le texte. Mais, en français, quelle excuse trouver ? A la Pampa, nous sommes récemment montés au créneau et avons signalé à la directrice de l’école primaire que l’une de leurs « animatrices » avait une vision « décalée » des activités péri-scolaires : sous prétexte de faire faire de la « danse » aux enfants (usage redondant mais nécessaire des guillemets), elle leur enseignait des mouvements équivoques et diffusait des textes mis en musique qui parlaient ouvertement de sexe. Une sorte d’apprentissage intensif et précoce de leur chosification pour les filles, de leur droit à la domination pour les garçons. Avec mes élèves de collège, nous travaillons sur une séquence qui, à travers le cas de la Colombie et des violences qui secouent ce pays depuis des décennies, évoquent la violence faite aux femmes… et notamment dans le contenu des paroles du très à la mode « reggaeton », ce genre musical  qui aime à inciter au viol et glorifie la femme en tant que prostituée. Ce genre d’images ou de mots ne devraient plus avoir droit de cité. Que ce soit bien clair.

 

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Balance ton magasin de vêtements

Nous sommes nous-mêmes hypocrites lorsque nous nous acharnons à faire croire aux jeunes filles qu’elles ont le droit de s’habiller comme elles veulent (aaahh, le sujet épineux du mini short au collège…) quand cette prétendue liberté n’existe pas. Allons faire un tour dans les magasins de vêtements et repérons pèle-mêle : les soutiens-gorges pour enfant 10 ans  avec des mousses ou des coques pour renforcer l’idée que si on n’a pas de gros seins comme les filles dans les clips musicaux, ça ne va pas ; les jupes extrêmement courtes qui laissent apercevoir les fesses ; les petits hauts également trop courts et qui laissent apparaître le nombril ; les t-shirts avec des messages en anglais tels que « love » à tour de bras ou bien des dessins de filles pas très habillées (seraient-ce les princesses modernes ?). La mode telle qu’on la propose dans les magasins ne laisse en fait aucune place à la liberté. Et la mode est dictée par la télévision. Les fillettes admirent maintenant des Katy Perry ou autres naïades qui ne sont que des produits commerciaux et le plus souvent très peu habillées. Cela normalise cette tendance à faire ressembler la femme à un objet sexuel. En témoigne la manière de parler des petites filles et les poses qu’elles prennent, leur superficialité grandissante et leur envie folle de se maquiller dès le plus jeune âge. Et d’où cela vient-il, au fond ? De l’omniprésence du pornographique dans nos sociétés.

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Balance ta société

Attention, ce discours n’est en aucun cas une justification du viol. La simple phrase « elle l’a bien cherché » devrait être immédiatement punie. Aucune fille ne demande expressément à être agressée et aucun mini-short n’est un message d’autorisation adressé aux hommes. Cependant, ce que les hashtag « balance ton porc » ou « me too » peuvent nous apprendre de plus objectif, c’est que notre société malade place les hommes au rang de prédateurs, les incite à dominer les femmes, lesquelles sont vues comme des objets sexuels. L’éducation, au sein de la famille et au sein de l’école, consiste à ne laisser passer aucune insulte de la part des garçons, mais également à enseigner aux filles à ne pas se soumettre aux diktats humiliants de la télévision et de la mode. Être féminine, ce n’est pas montrer son ventre à tour de bras et arborer en classe du rouge à lèvres digne du Lido. Être féministe, ce n’est pas revendiquer le droit à s’habiller comme une Barbie décérébrée. Nous faisons fausse route. Éduquer les filles, c’est leur enseigner à se faire respecter en tant que femmes, intelligentes, drôles, élégantes. C’est détourner leur admiration des poupées aguichantes. C’est leur présenter des héroïnes, des vraies. Des Alexandra David-Néel. Des Isabelle Autissier. Des Rosa Parks. Des Malala Yousafzai.

Balance ton héroïne ! 

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Une réflexion sur “Balance ton porc, balance ta société, balance ton héroïne !

  1. alors ben mon héroïne depuis toujours et encore et encore c’est Alexandra… c’est mon modèle, j’ai fait tout comme elle, le Tibet, le Bouddhisme, les hommes si je veux et pas quand ils veulent, pas vraiment d’enfants parce que ça sert à rien ;-). Je compte bien finir très vieille comme mon arrière-grand mère qui est aussi mon héroïne : née en 1897, elle a connu les deux guerres mondiales, les premières voitures, le cinéma muet, un mari volage, 6 enfants, une vie de paysanne sur les côteaux de la Moselle, un courage à tout épreuve, une intelligence rare et une élégance que je n’aurais jamais !

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