Avant, je me cognais partout. Ou l’importance de la présence à soi

Il y a des moments dans la vie où c’est la grande bousculade, où nous pensons à des tas de choses à la fois, le cerveau embrumé dans un flou qui n’a pourtant rien d’artistique. C’est comme si nos idées étaient balayées dans un tourbillon, telles des feuilles mortes à l’automne prise dans un coup de vent. Plus rien de stable. Plus rien de clair. Hors de contrôle. Souvent, ce genre d’état arrive lorsque nous traversons une période difficile. Après un traumatisme, par exemple. Nous ne parvenons plus à nous concentrer, pas même sur les choses simples de la vie. Cuisiner ? Nous nous brûlons. Courir après le bus ? Nous trébuchons. Faire la vaisselle ? Nous cassons des verres. Se déplacer dans notre espace quotidien devient un calvaire : nous nous cognons partout. Nous nous faisons des bleus physiques en plus de ceux que nous avons à l’âme, nous nous cognons contre nous-mêmes, contre les circonstances qui nous ont amenés là, contre les autres et contre tout à la fois.

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Le moment où cela devient dangereux, outre le fait d’avoir des bleus partout et de maudire les coins de table et les poignées de porte qui semblent se déplacer et nous agresser volontairement, c’est lorsque notre esprit est ailleurs alors qu’il devrait être là. Se disputer mentalement avec des personnes avec qui nous avons des comptes à régler, quand on y pense et si on était filmés à ce moment là, nous fait ressembler à des zombies, à des fous. Une sorte de schizophrénie s’empare de nous : nous ne sommes plus seulement celui ou celle qui sort ses poubelles ou fait ses courses, nous sommes en outre celui ou celle qui grogne intérieurement, qui serre des dents et devient agressif et sur la défensive au moindre échange avec autrui. Cette bulle malsaine dans laquelle nous nous enfermons devient d’autant plus préjudiciable lorsque cela nous arrive au volant, par exemple. Ne vous est-il jamais arrivé de vous dire, tandis que vous conduisez tout en ayant l’esprit occupé à des ruminations mentales, qu’une partie de la route vous a échappée ?

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Il faut réagir. De toute urgence. Quand on a la chance de le faire avant l’accident. Car ce n’est pas seulement la route qui nous échappe, mais tout un pan de notre vie. Les débuts sont toujours difficile. Tel un enfant à qui on répète sans cesse de se concentrer, il faut réapprendre pas à pas à être présent. La méditation peut aider notre esprit, l’aider à ne se consacrer qu’à une seule chose. La respiration, par exemple. Ou encore se poser et se réfugier un instant, par le souvenir et la suggestion d’images, dans un endroit qui nous est cher et où nous nous sentons bien (les photos en illustration, c’est l’endroit où je vais m’asseoir dans ma tête. C’est cadeau.) Ensuite, la méthode est simple. Essuyer une assiette et ne faire que cela. Se donner des ordres, se guider : j’épluche cette pomme ; je mets les épluchures à la poubelle ; je la mange. Et je ne fais que cela, je ne pense à rien d’autre. Ce travail rigoureux est nécessaire si on veut cesser de se cogner partout et contre tout, tout le temps. Le but est de retrouver la présence à soi. On se rend compte qu’on avait négligé ses besoins naturels, qu’on avait mal quelque part depuis des semaines et qu’on n’y avait pas prêté attention. Et on gagne du temps. Le fait de rester cloué à un endroit, paralysé par les pensées, est un dévoreur de temps. En étant plus présent, on est plus efficace, on se libère d’un tas de réflexions inutiles, on travaille la concentration et on fait mieux les choses. Et puis, quand on a réussi à retrouver la présence à soi, on est également plus présent aux autres.

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Bien évidemment, ce n’est jamais gagné. Un sportif qui ne s’entraîne pas tous les jours diminue ses performances. De même, le cerveau à qui on lâcherait la bride redevient fou et incontrôlé. Seulement, une fois que l’on sait comment faire, on reprendre vite le dessus. On revient aux bases. J’épluche ma pomme. Je la mange. Je respire profondément. Je me concentre. Je sais que je peux me reprendre. Et je me répète cette phrase clé :

« Chaque pensée qui n’est pas suivie d’un acte est une pensée inutile. » 

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