La pédagogie neutre

« Est-ce que c’est une fille ou un garçon ? ». Voilà le genre de question qu’il ne faut pas poser aux parents adeptes de la pédagogie neutre. Le reportage que je viens de voir explique très bien cette tendance – ici, en Suède – qui veut effacer les différences de genre. Peu importe si l’enfant est un garçon ou une fille, il / elle doit pouvoir s’épanouir en faisant ses propres choix : porter du rose ou du bleu indifféremment, jouer avec des camions tout en portant un tutu, mettre du vernis à ongles et se battre. Ce qui est critiqué, c’est la tendance de notre société à catégoriser les personnes par sexe et à les enfermer dans des cases, chaque genre, masculin / féminin, devant se comporter selon des règles pré-établies depuis la nuit des temps. Les garçons doivent être virils, les filles doivent être féminines. Les familles suivies par les journalistes refusent ces schémas archaïsants et réducteurs. Ils ont choisi des prénoms neutres pour leurs enfants et n’utilisent pas les pronoms « il » ou « elle », mais un pronom neutre entré récemment dans le dictionnaire suédois pour contourner le problème. On nous présente l’école maternelle dans laquelle ces enfants sont scolarisés et qui applique la pédagogie neutre. Il en existe plusieurs en Suède. Les poupées ne sont ni des filles, ni des garçons, les jouets ne sont pas catégorisés et on se permet d’adapter les histoires qu’on lit aux petits dans le but de rééquilibrer la donne. Les héros ne doivent plus être les garçons et les filles ne doivent plus rêver du prince charmant.

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Un psychiatre, lui-même père de huit enfants, témoigne de son opposition à cette pédagogie neutre. Pour lui, les garçons sont des garçons et les filles sont des filles, c’est une question de biologie. Il trouve aberrant et déstabilisant de demander à des tout petits de « choisir » eux-mêmes leur sexe. Il pointe du doigt le fait que la démarche vise essentiellement à stigmatiser les garçons dans ce que leur comportement a de batailleur et de dynamique. Pour lui, outre l’éducation, c’est la biologie qui détermine certaines caractéristiques des sexes. Il n’est pas contre le fait que ses filles jouent au hockey. Simplement, il refuse de brimer ses fils si ceux-ci ont envie de pratiquer ce genre de sport de contact sous prétexte qu’il s’agit d’une activité considérée par la société comme « masculine ». Par ailleurs, retarder les explications (« pourquoi j’ai un zizi et pas lui ») qui normalement vont de soi et doivent être naturelles, c’est semer le trouble dans la tête des enfants.

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Les deux avis sont très tranchés. On aurait aimé rencontrer des familles dites « classiques » qui scolarisent leurs enfants dans des écoles appliquant la pédagogie neutre. Car, dans le reportage, on ne pénètre que dans deux foyers : l’un mono-parental, nous présente une maman de toute évidence pas adepte de la jupe et du maquillage ; l’autre, nous amène à rencontrer une maman et un papa… qui est en train de devenir une femme. Des adultes qui ont comme point commun d’avoir été brimés dans leurs choix étant enfants, d’avoir souffert de l’incompréhension de leurs propres parents et qui, de manière tout à fait lucide, tentent d’éviter que leur progéniture souffre des mêmes restrictions. Si un garçon veut faire de la danse, qu’il en fasse. Si une fille veut conduire un engin de travaux, qu’elle le fasse. On peut se demander s’il est nécessaire d’en arriver là pour changer les choses et il semble que l’engagement des parents dans la pédagogie neutre soit proportionnelle à leur propre souffrance en tant que personne. Est-ce que ces adultes auraient adopté de manière aussi entière la pédagogie neutre si leurs parents avaient tenu un autre discours ? Tu es une fille et tu veux avoir le crâne rasé ? Ok. Tu es un garçon et tu veux fabriquer des colliers de perles ? Ok. On peut en douter.

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Tout le problème vient du fait que la société sépare les genres et répartit les rôles. Les femmes sont moins bien payées que les hommes ; les hommes ont plus de postes à responsabilités ; chaque sexe doit souscrire inconsciemment à un chapelet d’attendus pour être accepté. Les garçons ne doivent pas pleurer. Les filles doivent être dociles. Soit belle et tais-toi. Et nous voilà dans l’affrontement. D’ailleurs, le mouvement #metoo est édifiant à ce sujet. De là à se dire que si on est un garçon, il faut avoir honte d’être trop viril et, dans le cas d’une fille, honte de trop le montrer, il n’y a qu’un pas et c’est ce que le psychiatre du reportage pointe du doigt. Sans être conservateur des vieux clichés et abonder dans le sens des traditionalistes (« un papa, une maman ») ni vivre dans une sorte de flou artistique, on peut, chacun à son échelle, trouver l’art et la manière d’apprendre à nos enfants à se respecter en tant que personne. On peut être un adulte qui  n’a pas de problème à affirmer qu’il / elle est un homme ou une femme et enseigner la tolérance à ses enfants. La société est ainsi mal faite qu’elle confronte et oppose et les enfants qui sont allés à la maternelle en Suède dans des écoles « neutres » iront eux aussi dans des établissements scolaires « classiques » plus tard. Le choc risque d’être terrible. Autant les préparer le plus rapidement possible à cette société injuste et les inciter dès le plus jeune âge à la changer. Maintenir les enfants dans une « bulle » (terme employé par l’un des parents du reportage, qui en est tout à fait conscient) jusqu’à l’âge de cinq ans, est-ce vraiment une solution ? Chacun est libre d’en débattre.

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