La journée du bonheur

C’est la journée du bonheur. Il est 17h49. Toujours pas l’ombre de ses pas. Toujours pas croisé. Et tu es là, à la fenêtre, tu guettes, tu l’attends. Et pourtant…

Pourtant, il est là. Au coin de la rue, pas très loin. Dans le croissant de la boulangerie, dans le sourire de la boulangère, dans le chat qui se frotte contre ta jambe en sortant du magasin. Il est dans la petite vieille à sa fenêtre qui regarde les enfants sortir de l’école, dans le tendre bonjour qu’elle t’adresse, dans la douceur du souvenir qu’il laisse dans ton oreille. Il est dans les cris des écoliers qui exultent de vie, qui se chamaillent et piaillent quand tu fends leurs groupes en passant. Il est dans ce coup de coude imprévu, dans ce pardon juvénile, dans ton « ce n’est rien » amusé et dans ce contact qui te redonne un souffle de jeunesse. Il est dans les oiseaux qui jouent à cache-cache dans le grand arbre de l’avenue, dans leurs allées et venues qui ne se soucient de rien d’autre que de voler, que de l’air et de manger. Il est dans le beurre du croissant et les miettes qui tombent sur ton ventre, qui s’agrippent dans les mailles de la laine. Il est dans ta main un peu grasse quand tu serres celle de ton voisin, dans le rire qu’il a en te disant que tu as une miette sur les dents. Il est dans l’ouverture de ta porte d’entrée, dans l’odeur familière de ton chez toi, dans la musique que tu mets en faisant la vaisselle. Dans la vapeur de la soupe qui mijote, dans le craquement du pain découpé en tranches, dans l’huile d’olive qui coule dessus et dans le croquant que cela va donner après le passage au four. Il est dans les deux bols, ou les quatre, que tu disposes sur la table, dans les yeux de qui partage ton repas. Le bonheur est là. Dans l’épaule qui te soutient coûte que coûte. Dans le regard compatissant et aimant. Dans la folle énergie que te donne ce baiser. Dans les bras qui te serrent. Il est là, assis à côté de toi sur le canapé, dans les pleurs de tes enfants, dans la présence de tes amis, dans le plaisir de te retrouver seule avec toi-même parfois. Il est dans le soin que tu mets à te maquiller, dans le miroir qui te dis que tu est ta meilleure alliée, dans ce clin d’œil complice que tu t’adresses. Il est dans l’élan que tu mets à le trouver sans le chercher, dans l’apprentissage que tu fais de la liberté, dans le tout et dans le rien. Partout. Nulle part et surtout en toi. Voilà, c’est ça : le bonheur est en toi, juste là.

Il est 18h13. Tu décolles ton front de la fenêtre. Tu croises ton reflet et la marque rouge que le froid a laissé, comme une peinture de guerre un peu clownesque. Soudain, tu te trouves drôle et tu ris. Et le bonheur rit avec toi.

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