Aujourd’hui est le seul jour qui existe

Vivre sans se soucier du lendemain, voilà une belle philosophie. Rien de plus simple à comprendre. Rien de plus difficile à appliquer. Pourtant, nous devrions de toute urgence essayer d’y adhérer.

Le passé nous turlupine et, lorsque nous y plongeons, c’est souvent pour nous noyer dans un océan de remords ou de regrets. J’aurais dû, ou pas, dire ou faire ces choses-là. Jusqu’à preuve du contraire, on ne revient pas en arrière et il faut se rendre à l’évidence : il est trop tard. Les jolis moments révolus sont perturbants eux aussi, ne nous y trompons pas. Si on se laisse happer par les sirènes du c’était mieux avant, on ressent une forte nostalgie qui se transforme en mélancolie et nous ralentit. Bien sûr, les bons souvenirs sont des repères, des piliers sur lesquels on s’appuie pour avancer. Mais si on les scrute trop longtemps, on finit par mélanger fiction et réalité : on n’est plus dans le présent et celui-ci nous semble terne et sans intérêt si on le compare à des instants d’extase qui ne reviendront plus.
Quant au futur, il n’existe pas. Faire des projets nous permet de nous fixer des objectifs et de nous motiver au quotidien, mais faire des plans sur la comète est inutile. Combien de fois avons-nous planifié, envisagé, angoissé pour des choses qui au final n’ont pas eu lieu ou ne se sont pas du tout passées comme prévu. Alors, à chaque fois, nous nous sommes dit « tout ça pour ça », « c’était bien la peine de me mettre dans des états pareils ». Tout cela, au fond de nous, nous le savons depuis toujours. Mais comment faire pour passer à l’acte, balayer le passé et le laisser à sa juste place, ne pas prendre le futur trop au sérieux et vivre dans le présent ? Pas évident et pourtant…

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Pourtant, parfois, des événements nous jettent au visage notre incapacité à jouir de l’instant présent et nous rappellent à l’ordre de manière brutale. Un accident grave, la maladie sont d’excellents professeurs. Il faut alors apprendre à vivre avec un handicap, avec l’incertitude du lendemain ; s’initier à marcher sur un fil, au bord d’un précipice impressionnant et contre toute attente ne pas sombrer, continuer à espérer, à croire en nos chances et à trouver que le paysage est beau et que ce chemin vaut la peine d’être poursuivi. C’est paradoxalement quand la possibilité de la mort rôde dans les parages que nous nous surprenons à trouver un élan vital jusque là inconnu. Attention, il ne s’agit pas d’une énergie du désespoir qui nous pousserait à faire mille folies sous prétexte que nous pouvons mourir demain ! Bien au contraire : il s’agit d’être apaisé, d’avoir à l’esprit que tout peut arriver mais que rien n’est prévisible. Alors, on se met à regarder le passé avec plus de détachement, on relègue le futur dans la bibliothèque des romans de science fiction et on peut, enfin, s’intéresser au présent.

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En discutant avec des gens touchés par la maladie ou un accident, on se rend compte que la religion joue souvent un rôle prépondérant, car comment admettre que demain n’existe pas sans ressentir la peur du néant ? Croire en quelque chose de plus grand que nous aide à surmonter ce vertige. Se dire qu’après il existe autre chose redonne de l’espoir. Quand on ne peut se rassurer avec rien, que la science ne nous donne pas de réponses définitives, les croyances sont le seul rempart contre la morsure du doute. C’est tout à fait humain. Cependant, quand on n’est pas croyant, on ne devient pas dépressif pour autant ! A défaut de croire en un Dieu ou plusieurs qui nous dépassent et nous rendent plus forts, on se doit de croire en soi et en la beauté de la vie. Mais refermons cette page un peu sérieuse et sourions. Le drame n’est pas un passage obligé pour apprendre à savourer l’instant présent.

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Récemment entendu dans un reportage, dans une île thaïlandaise : « Nous sommes pauvres. Nous avons juste de quoi nous nourrir pour aujourd’hui. Mais cela nous suffit, nous sommes heureux comme ça ». A entendre ce vieil homme aux yeux rieurs, on comprend que, pour lui et par nécessité, demain n’est pas son problème. Son intérêt principal et unique, c’est aujourd’hui. Faire correctement son travail, trouver de quoi se remplir l’estomac, profiter de sa famille, c’est à peu près tout ce dont il a besoin pour être heureux. Passe-t-il des heures à ressasser le passé ? Rien n’est moins sûr. Est-il angoissé en envisageant le futur ? Pas certain. Il le pourrait, étant donné les difficultés à gagner de quoi vivre. Mais ce fait semble être intégré en lui et ne le perturbe plus. C’est acquis. Ce qui compte, c’est aujourd’hui. Apprenons-donc de ces gens-là qui savent donner sa juste valeur à chaque journée. A chaque lever de soleil, ne vivons que pour cela, pour les prochaines heures. Ne nous créons pas de stress inutiles, vivons simplement, pleinement. Dès que nous le pouvons, faisons ce qui nous fait plaisir. Cessons de bouder et d’être capricieux. Et, à chaque coucher de soleil, ne regrettons rien. Réjouissons-nous de ce que nous avons vécu. Parce qu’aujourd’hui est le seul jour qui existe.

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