Une coupure de courant

Clac. Un son sec. Tout s’éteint. Plus de télé. Plus de lumière. Plus de son, plus d’image. Plus de chauffage. On est à la fin de mois de mai, ce n’est pas ça qui va nous préoccuper. Le frigo, on pense tout de suite au frigo. Au congélateur. Les aliments, la chaîne du froid, le carnage si la température grimpe trop dans le meuble à fromage. On espère que ce ne sera pas trop long.

Acte deux, on sort. Il fait bon dehors. La tronçonneuse du voisin s’est arrêtée. Le silence règne dans le village. Enfin presque. Les oiseaux, eux, ne se sont pas éteints et les mouches sentent l’orage. Elles sont électriques. Le ciel est menaçant. Les nuages anthracites s’amoncellent et on se rapproche. Non pas parce qu’on a peur, mais pour regarder les scores de tennis sur le téléphone portable. La vie continue. A la campagne, il n’y a pas beaucoup de réseau, alors on marche de long en large dans le jardin. Appeler EDF ? Pour quoi faire ? Et puis, quelqu’un s’en est certainement chargé. Il y a des gens spécialistes de ça. Au moindre problème, ils se jettent sur l’entreprise présumée fautive et la harcèlent jusqu’au retour à la normale. D’autres vont frapper à la porte à côté. Chez vous aussi, ça ne fonctionne plus ? Ah oui, c’est embêtant… Cela ne résout rien, ça rassure. Les coupures de courant sont l’occasion de parler à des gens que l’on ignore d’habitude.

b

Une heure passe, toujours rien. On s’inquiète un peu, moyen. L’heure du repas approche. on s’organise mentalement. On va aux toilettes la porte ouverte. C’est rigolo, on oublie, on appuie sur l’interrupteur et puis on réagit. On sourit. Au bout d’un moment, on s’assied par terre. Tout en causant, on se met à arracher les mauvaises herbes. A la main, tranquillement, on a le temps. On pourrait essuyer la vaisselle. On pourrait. Mais on n’a pas de courant. Ah bon? Cela n’a rien à voir ? Passons. On est bien là, dehors, à discuter de tout et de rien, de la terre sous les ongles et quelques gouttes de pluie sur le front. Un arrêt sur images.

Enfin, un autre clac, la télé se rallume. On se lève, on va voir les résultats des derniers matchs. On est déçu d’avoir manqué le point final. Soupir de soulagement pour le frigo, pour le repas du soir et la météo. L’orage s’éloigne. On essuie la vaisselle. La parenthèse se referme et on reprend nos activités là où on les avait laissées. Là haut, une lumière est restée allumée. C’est marrant, c’est comme dans la vie. Même quand on est plongé dans le noir, il reste toujours quelque part une lampe allumée. Comme l’espoir.

a

Elle était jolie, cette parenthèse sans électricité. Elle nous a offert un confetti d’éternité.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s