Paradoxes jardiniers

La contemplation 

Qu’il est beau ce jardin, avec sa pelouse fraîchement tondue dans laquelle on a envie de s’allonger ! « Verde que te quiero verde », disait le poète, vert, couleur de l’espoir. Et cette luxuriance printanière qui n’en finit pas de nous étonner. Tout a pris un relief et une consistance incontrôlables. Le soir, quand plus aucun bruit ne secoue le voisinage, que le vent est allé se coucher derrière le soleil, une lumière théâtrale, brillante de mille paillettes, éclaire la scène de notre cher éden. On reste bouche bée, silencieux. Que dire ?

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L’observation

Il y a pourtant ces herbes résistantes qui colonisent les gravillons, ces orties envahissantes qui étouffent les rosiers, ces arbustes ou futurs arbres qui sont venus se planter où bon leur a semblé. En deux ans, la nature a fait n’importe quoi. Ou plutôt, elle s’est imposée. Sa logique n’est pas celle de l’humain qui cherche à tout domestiquer. Dans les jardinières, un melting pot de plantes se sont associées en une polygamie de teintes, de textures et de tailles. L’envahissement est permanent et le mouvement ininterrompu. Une petite Amazonie s’étale tranquillement sous nos yeux, indomptable, sauvage, dense, sensuelle et urticante à la fois.

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La réflexion

Lorsque le regard escalade discrètement la haie, sur la gauche, le jardin du voisin ressemble à une gravure de mode. Chez eux, c’est place Vendôme ; chez nous, c’est la bohème. On dirait que la végétation se plie à tous ses désirs, qu’il l’a dressée ou qu’ils s’entendent pour rendre les autres jaloux. Les plates bandes impeccables, les parterres de fleurs reluisants, les arbres disciplinés, tout concorde à faire de son jardin un exemple de bonne éducation. Tiens toi bien, lui a-t-il dit : et le jardin a obéi. Mais alors, serait-ce de la magie ? Certainement pas. Le voisin taille, entretient, coupe, tond, rectifie, améliore, peaufine, insiste, ne s’arrête jamais. La perfection est un travail. Est-on prêt à s’y soumettre ?

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L’ambivalence des sentiments

Il y a des jours où on se dit qu’au fond, trop de régularité tue la créativité, que la Pampa est comme ça, échevelée et multiple et que c’est ce qui fait son charme. Les mélanges d’arbustes et de plantes dans les parterres et les jardinières métissées attisent la curiosité et font de cet endroit une surprise sans cesse renouvelée. Un attrait incroyable pour les botanistes en herbe.

Et puis, il y a d’autres jours où l’envie d’organiser, d’éclaircir, d’aménager reprend le dessus. L’embrouillamini nous étouffe et nous fatigue et on a besoin de pragmatisme. Un noisetier suffit, pourquoi tolérer qu’un autre se mette à pousser dans les rosiers ? Les orties sont en fleurs et plus aussi bonnes à manger qu’au début du printemps, pourquoi leur permettre de s’imposer de façon aussi prétentieuse ? Les jardinières sont plus vertes que colorées, les fleurs ayant même laissé place à ce qu’il serait plus légitime de voir dans un champ : pourquoi ne pas les aider à se refaire une beauté ?

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L’enseignement 

Il est tellement plus facile de se laisser aller à un « ça va bien comme ça peut », tellement plus reposant de ne rien faire, de constater et d’accepter. Lâcher prise, cesser de vouloir tout contrôler, dire que l’on est philosophe et que les choses sont telles qu’elles doivent être. Se convaincre que nous n’avons de pouvoir sur rien. Laisser pisser.

Car, si l’on prend une décision, celle de se fixer un but et de l’atteindre, ce sont bien des désagréments et des déceptions qui nous attendent. Le travail ne porte pas toujours immédiatement ses fruits et de multiples renoncements ou réajustements dans nos projets peuvent nous déstabiliser. Pire : nous faire abandonner.

Pourtant, la persévérance est la clé. Se lever chaque jour en ayant notre but bien clair, bien en tête et tout mettre en œuvre pour le réaliser. Peu importe le rythme ou la durée, toujours avancer et ne jamais céder à l’immobilité. Progresser sans sourciller, cent fois sur le métier remettre son ouvrage.

Vous parliez de la vie ? Nous parlions du jardin.

Nous parlions de ce laboratoire de la vie qu’est le jardin.

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