Les guêpes

D’abord, on n’y a pas prêté attention. Lorsqu’on mangeait dehors aux beaux jours, quelques spécimens venaient titiller nos morceaux de viande, mais on avait fait l’acquisition d’une raquette anti-insectes basée sur des décharges électriques. Cruel, certes, mais efficace. L’animal, juste un peu sonné, ramolli par la châtaigne, s’éloigne ensuite en zigzag. L’occasion de retrouver sa tranquillité et de pratiquer un tennis tout relatif. Et puis, un jour, on a tourné la tête… Accrochée à la gouttière, juste sous le toit, une excroissance grisâtre suspendue a attiré notre œil. En y allant voir de plus près, le diagnostic a été vite fait : c’était un nid de guêpes. Il fallait le faire enlever, c’était dangereux, il fallait faire vite, l’ambiance était à la catastrophe. En lisant sur internet l’histoire d’un pauvre homme au Portugal qui avait voulu se charger lui-même de la besogne et qui s’était fait affreusement attaquer par une nuée d’insectes qui lui causèrent une mort dans d’atroces souffrances, a fini de noircir le tableau. Pourtant, en y réfléchissant bien, elles ne nous dérangeaient pas tant que cela, les habitantes du nid. On a retrouvé notre sang froid et on s’est mis à les observer. Leurs allers et retours organisés sur une seule et même route aérienne ; leur sommeil nocturne et leurs horaires d’activité ; leur taille et la vitesse à laquelle elles étoffaient leur nid. Raisonnablement, on a admis qu’une coexistence pacifique était possible. Je me suis souvenue d’un monastère bouddhiste au cœur du Limousin (lieu que je vous ferai peut-être visiter un jour) et je me suis dit que, si les habitants de cet endroit paisible et retiré du monde pouvaient cohabiter avec toutes sortes de bestioles plus ou moins nuisibles sans que l’idée de les tuer ne leur traverse jamais l’esprit, nous pouvions le faire aussi. Par la suite, nous sommes partis en vacances. Peu à peu, le nid, petite balle grise, s’est transformé en un majestueux ballon de rugby (la taille de l’objet double tous les dix jours, c’est dire l’efficacité des travailleuses). C’est la visite du plombier, celui-là même qui nous a entraînés dans cette aventure de réfection totale de la salle de bains, qui nous a finalement convaincus de passer à l’action. « C’est un nid de guêpes que vous avez là ? Il est assez imposant ! Sur mes chantiers, quand j’en vois un, je marche sur des œufs, je ne suis pas rassuré. Ces bêtes-là peuvent attaquer. Vous devriez peut-être faire quelque chose… ». Ni une ni deux, on a sauté sur le téléphone. Or, la pleine saison a fait que les entreprises de désinsectisation étaient complètement débordées. Rendez-vous a finalement été pris pour le 24 août, c’est-à-dire plus de quinze jours plus tard. Qu’importe, nous n’étions plus à ça près. Hier, à 7h30 précises, voici donc notre sauveur qui frappe à la porte. Il nous confirme que les entreprises en question sont surchargées de travail et qu’elles doivent faire face à un certain nombre d’interventions journalières. De plus, l’été ayant été très chaud, les guêpes ont œuvré plus que de coutume et les nids à retirer sont nombreux. Par chance, le nôtre est facilement accessible, ce qui n’occasionnera pas de coût supplémentaire (les frais de déplacement dus à notre situation géographique éloignée de la ville étaient déjà suffisamment élevés, environ 60 euros en plus des 100 euros de l’intervention en elle-même). Le charmant jeune homme me conseille de rentrer tranquillement dans la maison, de fermer la porte et de me faire gentiment un bon café en attendant que l’intervention soit terminée. Il enfile une combinaison bleu foncé, un casque de cosmonaute et des gants. Je l’entends pulvériser de l’insecticide aux différentes entrées du nid, un produit qui laissera une poudre blanche sur le mur (on se dit que l’uniforme de l’intervenant sert tout autant à se protéger des piqûres que de la toxicité du produit…). Nous cueillons les guêpes au saut du lit. Elles sont vraisemblablement toutes à l’intérieur. En quelques minutes, le tour est joué. Le héros du jour, plusieurs fois piqué dans le cadre de son travail (« heureusement, je ne suis pas allergique »), m’explique ce qu’il a fait. Il précise que les guêpes n’attaquent pas de manière irréfléchie et que le danger n’est pas si grand. Simplement, lorsqu’on se met dans leur passage ou que l’on fait un geste brusque à proximité de leur domicile, elles se sentent menacées et c’est là qu’elles réagissent. Si l’on n’est pas allergique, on ne meurt pas d’une piqûre de guêpe, mais la douleur est fort désagréable (je crois lire entre les lignes que cela fait très très très mal), d’autant plus lorsqu’il s’agit d’un enfant. Bref, l’épisode du nid de guêpes à la Pampa est terminé. Une habitante matinale sortie avant l’intervention, peut-être pour un footing à l’aurore, revient sur les lieux. Elle semble perdue : « Il y avait bien un truc, ici ? Où est ma maison ? ». Avant de partir, j’apprends encore une chose : étant donné que l’on a tué la reine, la guêpe rescapée mourra rapidement et dans la plus grande solitude, inapte à s’intégrer à une autre colonie et incapable « un peu comme les Anglais », de survivre sans sa reine.

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