Twitter, je ne t’aime plus, je te quitte

Nous en avons déjà parlé ici, les écrans, les réseaux sociaux prennent beaucoup de place dans nos vies et il est souvent difficile de s’en défaire. De là à meubler le temps que l’on pourrait employer à autre chose. De là à devenir une obsession. De là à, un jour, se questionner vraiment sur l’utilité de tout cela. Récit d’une histoire, de la séduction à la rupture.

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La séduction

D’abord, il y a la séduction. Il faut le dire, beaucoup due à l’effet mouton qui engendre chez nous une fâcheuse tendance à faire ce que tout le monde fait. Vous le savez bien : on lit les mêmes livres, on voit les mêmes films, on écoute la même musique, on a du mal à sortir des effets de masse et de mode. Un jour, on en reparlera. Tout le monde est sur Twitter, c’est ce que l’on a tendance à penser. De plus, lorsqu’on tient un ou plusieurs blogs et que l’on veut en faire la promotion, on se dit qu’apparaître sur ce réseau social pourrait nous aider à promouvoir nos écrits. Par exemple, dans le cas d’un blog de voyage (le cas de l’amie d’une amie mais non ce n’est pas moi…), on essaie de se créer un réseau, comme on établirait un carnet d’adresses de gens influents, de lecteurs potentiels avec qui on pourrait partager une même passion. Cet exemple peut également s’appliquer à un blog de couture, de cuisine ou d’autre chose. Peu importe, le fait est que l’on se cherche des semblables. Alors, on twitte. On publie ses articles, on poste des photos, on commente, on est présent. Tellement présent que, si l’on veut du résultat, il faut être là tout le temps, tout au long de la journée, voire la nuit. Car Twitter ne dort jamais. On finit par faire plus de business que de relationnel. C’est ainsi. On accepte de faire des concessions intellectuelles, de faire fi des convenances orthographique et de parler du détail, du trivial plutôt que de la culture, de la poétique et du ressenti.

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La lassitude

Vient le temps de l’ennui. Ou plutôt, de la fatigue. Rester à l’affut, toujours en embuscade épuise. Cela demande beaucoup d’énergie et c’est presque une activité à temps plein. Mentalement du moins, elle l’est. On ne débranche jamais vraiment. Peu à peu, on perd le rythme. Cela va de pair avec un intérêt croissant pour d’autres aspects plus essentiels de la vie : créatifs, artistiques, simplement humains. La recherche du bien-être n’est pas forcément compatible avec les réseaux sociaux, on vous livre l’information telle quelle, de but en blanc. Et puis, comme dans une relation amoureuse, l’autre devient prévisible. Quand on ouvre la page sur l’ordinateur, quand on fait défiler l’écran sur son téléphone portable, on sait d’avance ce qu’on va y lire. Souvent, des banalités. Les mêmes blagues qui tombent à l’eau, les mêmes réflexions philosophiques de comptoir, les mêmes coups de gueule. La plupart du temps, des phrases à l’emporte-pièce, des jugements, des condamnations sans sommation. De la braise pour les disputes. Alors, on répond, on se défend, on attaque, on devient intolérant, obtus, fermé, réducteur, étriqué. On se rétrécit à vue d’œil. On devient ce que l’on déteste le plus chez l’autre. L’utilité que l’on y trouvait au départ n’existe plus. La curiosité qui nous amenait vers l’autre s’est tarie. Twitter devient un désert peuplé de barbares.

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La rupture

Le cocktail était devenu détonnant : lassitude, vacuité, fatigue, obsession, colère. Il n’y avait pas d’autre solution, il fallait rompre. Alors, un matin, j’ai supprimé l’application et fermé mes comptes et, comme dans la chanson, j’ai dit « Twitter, je ne t’aime plus, je te quitte ». Il faut dire que la fréquence des visites avait été notablement réduite ces derniers temps. La décision en a été plus facile. Nous avons parfois des fidélités plus polluantes que bénéfiques et nous devons apprendre à rompre avec les choses qui ne nous apportent plus rien et qui, au contraire, nous rongent notre énergie et nous assèchent. Les réseaux sociaux en font partie. Les échanges étaient trop pauvres, intéressés – chacun cherchant à être reconnu et lu par l’autre, quitte à se prostituer -, vides de sens, dénués de profondeur. D’autre part, Twitter n’est définitivement pas le royaume du texte. Il est celui de la parole rapide, de l’interjection et de l’onomatopée, mais certainement pas celui de l’écrit. Pour preuve, les publications qui avaient du succès consistaient en une ligne ou deux, une photo. Les liens vers des articles de fond, sans doute trop longs, trop fatigants à lire, ne trouvaient jamais aucun écho. Sur Twitter, on s’écoute soi-même et on se fiche pas mal de l’Autre.

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Craignant un vide, j’ai trouvé un plein. Redoutant l’absence de contacts, j’ai retrouvé la richesse du quotidien. Finalement, c’est le soulagement qui l’a emporté. Celui de ne plus se sentir épié. Celui de ne plus devoir se livrer. Celui de ne plus être dans la séduction au détriment de l’authenticité. Et comment omettre de mentionner l’apaisement ? Celui ressenti quand les agressions cessent – l’assassinat de l’orthographe en est une, la stupidité en est une autre -, quand les raisons de se mettre en colère s’évanouissent. Aujourd’hui, au lieu de surveiller sur Twitter quelle opinion les autres ont de mon travail, je ressens tellement de paix intérieure en songeant que je ne le donne plus en pâture à des gens qui ne s’y intéressent pas. Au lieu de guetter les notifications, de twitter et de retwitter, je suis allée me promener, respirer, ouvrir ma cage thoracique et retrouver la simplicité dans le vol d’un papillon.

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