Comment gérer les conflits

Le conflit est l’un des modes de communication les plus répandus chez les humains. Chacun a ses idées, ses convictions et ses manières de faire et de voir les choses. Et chacun pense qu’il a raison. Jusque là, tout va bien. Le problème survient lorsque nous commençons à affirmer ouvertement nos certitudes, lesquelles, fatalement, s’entrechoquent avec celles d’autrui. Et là, c’est le drame. On entre en désaccord, on discute, on hausse le ton, on se braque et on se fâche. On tourne les talons et on en conclut, chacun de son côté, que l’autre est un fieffé connard idiot débordant de mauvaise foi. La remise en question n’est pas au menu, étant donné que nous sommes certains d’avoir raison. Dans un sens, c’est sans doute vrai. Cette réalité nous convient et nous correspond. Mais la réalité de la personne en face est également tout aussi vraie pour lui. Le souci réside dans le fait que nous cherchons à convaincre l’autre, à l’amener à penser comme nous, en quelque sorte, pour le remettre dans le droit chemin… ce chemin qui est le nôtre et pas le sien.

Les conflits naissent de l’immédiateté de l’expression, qu’elle soit orale ou écrite. Lorsque nous nous écrivions des lettres manuscrites, nous avions le temps de peser chaque mot. Aujourd’hui, un mail ou un SMS sont si vite arrivés que l’on regrette souvent de les avoir envoyés. Or, il est trop tard, le mal est fait. Une phrase mal tournée, des termes mal choisis et un différend s’installe. Quant à la parole, n’en disons rien ! C’est bien pire. Ce n’est pas un hasard si l’expression populaire nous enjoint de tourner notre langue sept fois avant de prononcer une sentence. C’est l’impulsivité et la précipitation qui engendrent les conflits.

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Les réseaux sociaux cristallisent ce genre de comportements. Ils sont le lieu idéal pour proférer en très peu de caractères des jugements à l’emporte-pièce, aligner des idées préconçues et affirmer sans argumenter. Le fait de savoir que l’on va être lu par des centaines de personne décuple notre sentiment de toute puissance. Par ailleurs, le fait de pouvoir s’abriter derrière l’écran comme on se protège avec un bouclier nous fait oser davantage : l’autre n’est pas en face de nous et on peut se lancer dans des diatribes anti-tout sans avoir à affronter le regard des personnes que l’on désigne, directement ou indirectement. Car à cela vient s’ajouter la paranoïa que l’on a de toujours se sentir visé par les commentaires émis sur les réseaux sociaux, ainsi que le réflexe qui en découle de se sentir obligé de répondre, de se défendre alors même que l’on n’a pas été directement attaqué. En analysant la situation, on se rend compte de l’absurdité du processus. D’autant plus que l’on se met le doigt dans l’œil minimum jusqu’au coude : on pense qu’en éteignant l’ordinateur ou en supprimant la réception de notifications sur notre smartphone, le problème va se dissoudre de lui-même et que l’on va pouvoir prendre de la distance, c’est faux. Le conflit nous pénètre, nous poursuit, nous fait ruminer, nous embrouiller dans des monologues intérieurs sans fin. Au final, on n’a même plus besoin de l’autre pour entretenir le conflit, on se débrouille très bien tout seul.

Dans tous les cas, on comprend bien que le conflit nous est nocif. Or, notre quotidien en est plein. Que ce soit à la maison, au travail, entre amis, au volant, en regardant les informations, les prétextes pour s’irriter et affronter l’autre sont légion. La question est donc la suivante : comment gérer les conflits ? Plusieurs méthodes s’offrent à nous.

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A l’heure de la dictature du bonheur et de la psychologie positive élevée au rang de religion obligatoire, il est de bon ton d’essayer d’employer la communication non violente pour désamorcer les bombes. « Tu sais, tout à l’heure, tu m’as dit cela. Je me suis sentie mal à l’aise. J’aimerais à l’avenir que nous essayions de communiquer plus calmement et de manière constructive afin d’éviter de nous affronter bla bla bla… ». Si vous vous sentez d’appliquer cette méthode, pourquoi pas. Mais que c’est long ! Que c’est laborieux ! Et surtout, cela ne garantit rien. L’autre, en face, peut adhérer à cette façon de faire et accepter la discussion, tout comme il peut nous rire au nez ou croire que l’on se moque de lui et entrer dans une colère encore plus grande. Les prêtres de la psychologie positive veulent que l’on transforme en sourires sur pattes, la compassion intégrée et la bienveillance en bandoulière. Il est vrai qu’il faut toujours chercher à voir ce que chaque personne peut cacher de positif. Après tout, elle a peut-être une vie de merde rude journée, des soucis plein la tête, une famille compliquée ou des névroses non résolues. L’indulgence doit être notre maître mot. Pourtant, parfois, on n’y arrive pas. Objectivement, on ne trouve rien de rattrapable chez l’être avec qui nous sommes en conflit et on n’a pas envie de perdre de temps en considérations psychologiques de bas étage. Ne vous culpabilisez pas si vous n’êtes pas ce champion de l’amabilité et de la compréhension béate des tares de l’autre. Vous êtes simplement humains et c’est finalement une bonne nouvelle.

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Ne plus parler à personne est une autre option. Se convaincre que les autres sont d’indécrottables incultes et rester dans son coin. Seul, mais en paix. Du moins en apparence, parce que nous sommes des animaux sociaux et qu’on ne voit pas très bien comment on peut vivre en tout apaisement sans aucun contact avec ses congénères. On interrogera une huître sur sa vision du lien social dès qu’on en trouvera une disposée à répondre à cette question, c’est promis. Le risque, c’est de devenir aigri et grincheux. Ou alors, ermite. Très bien, si vous ne supportez plus les autres, la solution est peut-être, effectivement, de vous retirer dans une grotte loin du tumulte du monde. Dans ce cas, merci d’avoir lu jusque là et… bonne continuation.

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Ce que le conflit dit de nous, c’est que nous avons des idées et que nous avons envie de les défendre. Je ne peux décemment pas sourire niaisement face à un(e) collègue qui traite ses élèves d’imbéciles à longueur de journée. Je ne peux définitivement pas laisser passer des propos racistes ou intolérants. Eh bien si ! Oui, oui, vous lisez bien ce que vous lisez : si, vous pouvez. Et voici comment…

  • Laisser dire

Mettez vous une bonne fois pour toutes dans le crâne que vous ne changerez pas la personne avec laquelle vous êtes en désaccord. Une fois que vous avez dit ce que vous avez à dire, laissez-la simplement vider son bac à ordures, déblatérer, vomir des idées inacceptables ou simplistes, mais ne rajoutez rien. Vous avez donné votre point de vue, elle donne le sien. Point. Laisser dire, c’est faire un pas de côté et prendre la distance nécessaire pour éviter de s’abaisser à un conflit échevelé.

  • Observer

Ne vous lancez dans une conversation que quand vous êtes sûrs de maîtriser parfaitement le sujet et d’aligner des arguments fondés et imparables… Vous voyez bien que cela ne tient pas. Vous n’en saurez jamais assez sur tout pour taper dans le mille à chaque fois. Alors, taisez-vous. Et observez. Écoutez les gens parler d’un sujet que vous connaissez très bien et voyez comme ils se noient dans les clichés et les préjugés. Entendez comme leurs discours sont marqués par l’ignorance et la peur, comme ils se convainquent d’avoir raison pour se rassurer, comme ils parlent fort et répètent sans cesse les mêmes choses dans le seul but de dissimuler leur inconsistances. Planez au-dessus de tout cela. Transformez-vous en anthropologue venu étudier une tribu.

  • Rester aimable

Soyez affables, polis, avenants, indulgents avec vos interlocuteurs. Soyez gentils. Plaisantez. Profitez des côtés positifs des relations humaines et évoluez avec légèreté dans le groupe. Après tout, personne ne vous oblige à partir en vacances avec vos collègues ou avec cet automobiliste qui a une fâcheuse tendance à rouler trop lentement. Sourire, c’est savoir que l’on vaut mieux que la colère bas de gamme et que l’énervement primaire.

  • Choisir ses amis

C’est essentiel : ne devisez qu’avec des gens intellectuellement à votre hauteur. Cela semble méprisant au premier abord, ça ne l’est pas. Choisissez des personnes qui ont sur la vie un regard distant, amusé et qui savent se mettre à l’abri des conflits. Prenez exemple sur leur sagesse et jouissez de la possibilité de vous instruire à leurs côtés et de converser tout en nuances.

  • Être libre

Grâce à tous ces conseils, vous vous sentirez rapidement plus libres. Vous vérifierez par vous-mêmes que ce n’est pas parce que vous vous êtes retirés des débats que l’on vous a ôté toute liberté de penser, bien au contraire. En demeurant un observateur silencieux, vous affinerez vos idées, vous les mettrez à l’épreuve des réactions humaines et vous enrichirez votre capacité de réflexion. Et puis, surtout, vous goûterez enfin à la paix de celui qui a cessé de participer aux conflits pour mieux grandir, mûrir, s’assagir… et par ailleurs agir, avec toute l’énergie ainsi économisée, pour des causes qui vous tiennent à cœur. Parce que les actes valent de toute façon mille fois plus que les mots !

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