Les chatouilles

Il m’a fallu plus d’une semaine pour écrire cet article. Une semaine et un peu plus pour atterrir, laisser enfin se calmer le tourbillon dans lequel m’avait plongée ce film. Genèse.

« Cela te dirait d’aller voir Les Chatouilles au cinéma ? »

Le résumé disait « enfant », « viol ». Sujet sensible. Très. Il fallait que je réfléchisse. J’étais quasiment certaine de refuser l’invitation. Et puis, comme souvent, je suis allée mener l’enquête. J’avais un indice : la danse. Et ce n’était pas quelque chose d’anodin. Parce que la danse, elle me colle à la peau depuis toujours. Sur la toile, je n’ai pas tardé à croiser Andréa Bescond, la réalisatrice. Et je me suis perdue. Pendant des heures, j’ai tout épluché. Vidéos, interviews, théâtre, émissions de télé, articles de presse, chorégraphies, témoignages, sourire, force, failles, danse. Bingo. A 23h ce soir-là, chamboulée, j’ai accepté l’invitation.

Nous voici donc au cinéma, l’une de mes meilleures amies et moi, conscientes du bouleversement que le film allait immanquablement produire en nous. Nous étions loin du compte. En sortant de la séance, mis à part deux onomatopées et une gigantesque expiration, on n’a rien pu se dire d’autre. Ce qui venait de se passer était trop fort, trop énorme. On s’est juste dit qu’il allait nous falloir un bon bout de temps avant d’en saisir toute la portée. Là-dessus, on avait raison.

120x160-CHAT_BD-wpcf_881x1200

Après ça, nous sommes allées au restaurant. Et on a refait nos vies. On a étalé nos passions sur la table, nos projets avortés et le feu qui brûlait encore en nous, notre histoire complexe et vitale avec la danse, nos enfances, nos blessures, nos folles envies et ce qui nous pousse à croire encore que le chemin est beau malgré les chaos de la route.

Une semaine après, je peux le dire : quelque chose a changé. Un décalage s’est opéré, comme un léger tremblement de terre qui aurait remis certaines choses à leur place et aurait éclairé les événements et les sensations d’une lumière inédite. Ce film, c’est cela. C’est la possibilité de parler sans crainte, d’être reconnu en tant que victime tout en écrabouillant la culpabilité. C’est affronter l’horreur, ce que l’humain a de plus abject et ouvrir grand, dans le même temps, une fenêtre sur la résilience. C’est un combat sans relâche pour la protection de l’enfance et une déclaration d’amour passionnée à la danse. Un mélange de souffrance intense et d’intense délivrance. La possibilité d’une libération.

Andréa Bescond et dans un même mouvement son compagnon Eric Métayer, car cette histoire est un tango, nous entraînent dans un tourbillon. Tous deux nous bousculent avec tendresse, font rire nos yeux mouillés de larmes, créent le sombre frisson et le frémissement discret d’un bonheur intense. On ne peut que les remercier pour cette œuvre totale. Pour cet engagement de chaque instant. Pour ce combat tellement essentiel à mener. Pour la parole donnée aux enfants blessés dans les corps d’adultes.

Une autre amie m’a dit « moi, je n’irai pas le voir, j’ai trop de mal avec ‘ça’ « . J’y ai réfléchi. On a évidemment TOUS du mal avec « ça », cette indicible tragédie qu’est le viol d’un enfant. Qu’on l’ait vécu dans sa chair ou pas, c’est évidemment inimaginable. Évidemment que ça donne la nausée. Et évidemment que ça bouscule. Mais après huit jours, je peux l’exprimer avec des mots : ce film est justement là pour cela. Pour nous montrer la réalité, nous empêcher de fermer les yeux et nous faire comprendre qu’après la destruction vient la reconstruction.

Merci, c’est le seul mot qui me vient. Et une gigantesque expiration.

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s