De la misogynie dans le bricolage

« Qu’est-ce qu’ils sont forts ces hommes ! »

Sur le moment, je cherche quelque chose à dire à ce grand échalas au sourire niais et à la mine satisfaite. La seule chose que je trouve à répondre, c’est : « Les femmes aussi, dans d’autres domaines ». Je sens bien que cette réponse n’est pas à la hauteur, mais sur le moment c’est la seule qui me soit venue. Resituons la scène. Je me trouve dans un grand magasin de bricolage, à la recherche d’une solution pour permettre au tiroir de ma vieille commode de glisser à nouveau. Le vendeur sourit, de toute évidence plus moqueur que le merle. Il me conseille, mais mieux vaut ne pas songer à l’opinion qu’il peut avoir de la gent féminine. Un client se mêle à la conversation. D’abord gentiment, il propose d’autres alternatives à celles du vendeur, selon son expérience personnelle. Je le remercie et c’est là qu’il se rengorge et lance ce qu’il pense être un compliment envers le genre masculin. Ce dont il ne se rend pas compte sur le moment, c’est qu’il n’affiche qu’une réaction pathétiquement misogyne. Par la suite, déçue par ma maigre répartie et interloquée par ce manque criant d’intelligence mêlé de mépris, je poursuis mes courses dans le magasin de bricolage, tout en scrutant, une par une, les rares femmes que je croise.

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Comment sont-elles habillées ? Après tout, mes talons hauts et ma petite robe faisaient peut-être tache dans ce haut lieu de la virilité. Cependant, est-il besoin d’un uniforme sale, maculé de peinture et orné de mains sales pour justifier de notre présence ici ? Je remarque des regards étonnés. Certains conseillers, cependant, me répondent très gentiment et semblent ne pas faire cas de ma féminité. Or, dans le cas d’une visite en couple, on observe clairement que le vendeur s’adresse prioritairement à l’homme. Peu importe que celui-ci n’ai jamais soupesé le moindre tournevis. Peu importe que ce soit la dame qui ait posé la question. Naturellement, par défaut, c’est au mâle que l’on répond. Il est évident que nous pouvons parler de misogynie. Alors, à quoi cela tient-il ? Où cela prend-il racine ? Les femmes au ménage, les hommes au bricolage. Les clichés nous mènent la vie dure. Attention, il ne s’agit pas d’un article féministe revendicatif. Cette réflexion naît d’une constatation : les hommes se croient dotés d’un don divin à l’heure d’effectuer des travaux de bricolage. Et du machisme naît le féminisme. En réalité, le but du féminisme devrait être de disparaître à tout jamais, de s’éteindre face au respect que la femme, en tant qu’être capable des mêmes performances, inspirerait enfin aux hommes.

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Métier d’homme. Métier de femme. Pourquoi pas. Analysons. Peintre en bâtiment. Chauffeur routier. Mécanicien. Maçon. Réfléchissons. En quoi ces métiers seraient-ils plus adaptés au genre masculin ? Faut-il porter des choses lourdes ? Il semble que des êtres capables de porter un enfant jusqu’à ses huit ans et deux ou trois sacs de courses, ou encore une poussette dans les escaliers du métro possède suffisamment de force pour soulever un sac de ciment. Là n’est donc pas la question. La pénibilité ? Soit. Observons à la loupe les articulations abîmées des ouvriers : la conclusion est identique. Un métier pénible l’est autant pour les deux sexes et on ne voit pas bien pourquoi les hommes tiennent à se point à se sacrifier. Ou peut-être cela leur permet-il de se glorifier à loisir de leur résistance à l’effort. La précision ? Pardon ! La femme sait glisser un fil minuscule dans le non moins étroit chat d’une aiguille, cet argument est aussitôt invalidé. Le savoir-faire ? Justement, si les femmes sont de plus en plus nombreuses à se mettre au bricolage, c’est qu’elles ne demandent qu’à apprendre. D’ailleurs, sur de nombreux plans, il est possible que leur capacité de réalisation supplante les supposés dons des hommes. S’agirait-il donc de cela ? Les mâles craindraient-ils d’être détrônés ?

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Tremblez, machistes ! De plus en plus, la femme ponce, rabote, peint, soude, répare, colle, lime, rivette, carrelle, visse et dévisse. De plus en plus, un petit peuple de talons hauts et petites jupes, mains calleuses, ongles cassés, regards vifs et volonté d’acier envahit les rayons de vos temples de la misogynie, de votre chasse-gardée de marteaux, tournevis et tenailles. Elles marchent sur vos plates-bandes et n’entendent plus se laisser faire. A ce sujet, et cette conclusion s’adresse autant aux femmes désireuses de contre-attaquer qu’aux hommes amoureux de l’égalité des sexes, voici quelques propositions de réponses. De quoi ne pas être pris au dépourvu dans l’hypothèse où un imbécile heureux vous gratifierait d’une basse et laide réflexion misogyne la prochaine fois que vous allez acheter un ciseau à bois ou une scie circulaire.

« Qu’est-ce qu’ils sont forts, ces hommes ! »

« Pour manier les outils, du marteau à la bombe atomique en passant par la kalachnikov, très forts, oui. »

« Cette façon que vous avez de chercher toujours à vous valoriser doit cacher une très grande instabilité émotionnelle. »

« C’est vrai. Les femmes devraient prendre exemple sur l’orgueil méprisant des hommes. Elles graviraient plus vite les échelons de la société. »

« Forts en gueule ? »

Et quelques proverbes à méditer :

« Le chien est fort sur son palier. »

« L’homme le plus fort est celui qui sait se vaincre lui-même. »

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