Des goûts et des souvenirs

Ce qui marque, ce qui laisse des traces, ce ne sont pas forcément les festins de rois ni les repas de fête. Ce sont parfois les menus les plus simples qui reviennent comme des refrains sur les papilles de nos souvenirs. Les plats préparés à la va-vite, les déjeuners de tous les jours, les sans surprises si rassurants, les assiettes pleines de l’enfance dont on se souvient quand on est grand.

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– le taboulé à la menthe

– les entrées de crudités en rentrant de l’école et le goût des betteraves en vinaigrette

– la sole panée du vendredi dont on retirait l’arête centrale pour que je puisse la manger

– les pâtes un peu trop cuites et le beurre qui faisait des yeux dedans

– la tartelette au citron achetée à la boulangerie du centre-ville les mercredis après-midi, après la bibliothèque

– la galette à la citrouille recouverte de pâte feuilletée bien dorée

– le flan au potiron, sucré, pour le dessert

– la confiture de mûres cueillies autour de l’étang

– les framboises jaunes et rouges du jardin, chaudes du soleil d’été

– les croque-monsieur avec des saucisses oranges fendues en deux et du concentré de tomates dedans

– toutes les tartes aux pommes de mes anniversaires

– les tomates farcies du soir du retour des vacances

– le hachis parmentier

– la glace au café avec des grains dedans

– le gros sel piqué en cachette dans le pot en terre au couvercle en liège, posé sur une étagère, dans la cuisine

– le cervelas

– les fruits déguisés à Noël

– la tarte au fraises

– les fraises du jardin

– et aussi le fraisier, énorme gâteau pour les anniversaires communs

– le poireau vinaigrette

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Chaque fois que ces saveurs me reviennent en bouche, chaque fois que les ingrédients s’invitent chez moi, chaque fois que ma mémoire me les rappelle, c’est du bonheur que je ressens, le retour d’un bien-être enfantin, des moments d’insouciance qui se conjuguent au passé mais peuplent encore le présent. C’était l’époque où ne se souciait pas de l’équilibre, des calories, du taux de sucre et des pesticides. On se foutait pas mal de savoir comment c’était fait, d’où ça venait et si la boîte était périmée. Et on a survécu à tout cela. Mieux, ça nous a fait grandir. On a été nourri à ces mets simples, on les a apprécié, on en a redemandé. Aujourd’hui, quand on y repense, on en sourit encore et, quand la vie se fait rude, quand le gosse dans le corps d’adulte se fait triste, comme un doudou culinaire rassurant pour tous nos sens, on achète quelques uns de ces fruits de l’enfance que l’on mange sans scrupules, juste pour soi. Pour se souvenir du goût des bonnes choses. Objectivement, pas forcément bonnes en goût, mais bonnes pour nous, remplies de la bonté des mains un peu ridées qui nous les ont servies. Les choses de la vie. La crème au café de Mamie.

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