Le silence

Il y a quelques temps de cela que j’expérimente une toute nouvelle option : le silence. Je ne me suis pas enfermée dans un monastère trappiste au fin fond des montagnes. Je ne me suis pas infligée l’épreuve de me lever à trois heures du matin pour réciter des mantras dans un ashram bouddhiste avec interdiction de parler à qui que ce soit (vu mon naturel bavard, ce serait une hérésie). Je ne me suis pas retirée du monde, ni reconvertie en ermite. Alors, comment je m’y suis prise ? J’ai éteint la télé. Bien évidemment, l’expérience ne s’arrête pas à ce détail qui n’en est pas un et comporte mille autres aspects que je m’en viens vous détailler ici.

(en images, les différents endroits où je me suis assise un jour et où le silence m’a suffi…)

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Athènes

  • Un constat : nous vivons dans le bruit

Dès que l’on rentre chez soi, on allume la radio ou la télévision. Quand on est seul, on met de la musique. On téléphone à une amie. On s’absorbe dans la vaine contemplation de l’actualité de nos réseaux sociaux.  Pire : on se parle à soi-même. Ceci n’est pas le signe précurseur d’une prochaine noyade dans la folie. C’est simplement que le bruit de fond dans nos vies est devenu une habitude. On mange devant les infos. On se raconte notre journée de travail tandis que les commentateurs hurlent parce que non, il n’y a pas pénalty. On interrompt nos phrases pour écouter cette publicité très drôle pour une marque de voiture. Et, entre temps, on ne se tait jamais. On meuble le silence.

  • Une question : pourquoi tout ce bruit ?

Nous avons du mal à être seul. Il faut bien le reconnaître. Et les multiples appareils modernes nous tiennent compagnie. Je connais l’amie d’une amie (mais non, ce n’est pas moi) pour qui, pendant longtemps, la télé a été la meilleure amie. C’était une manière pour elle de combler le vide qui inondait son appartement chaque fois qu’elle y rentrait (je vous jure que ce n’est pas moi. Ou alors, il y a très longtemps). Et puis, ne nous voilons pas la face, c’était aussi un excellent moyen de ne pas penser. Nos journées sont parfois compliquées, au travail, dans la rue, au sein de ce monde assez agressif. Alors, pour ne pas ressasser, pour faire taire notre mental qui pédale comme un petit vélo de course dans notre tête, on allume la télé. On masque le bruit que font nos pensées quand elles tournent en rond. Vous vous rendez compte ? Si on s’écoutait, notre tête pourrait produire plus de films que Bollywood en une année, des films noirs, des films glauques, des scénarios catastrophes en série et, si on y prêtait vraiment attention, alors, ce serait l’horreur ! Non ?

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Séville

  • Le jour où j’ai éteint le poste

Eh bien, en fait, non. Je n’étais pas dupe de la supercherie. Après tout, je ne suis pas si bête que cela. Le bruit n’était pas un si bon remède. Mon mental parlait trop fort. La télévision m’écœurait et je m’en étais lassée. Il faut dire qu’à une période, je l’ai vraiment beaucoup beaucoup beaucoup regardée. Je connaissais les rediffusions d’Arte par cœur et plus aucun programme sur les richesses culinaires du Tyrol du Sud ne m’envoûtait. J’avais deux bras, deux jambes valides, de quoi pouvoir m’occuper autrement qu’en restant des heures assises sur un canapé. J’avais désormais le choix : j’ai opté pour couper l’image et le son. Et que s’est-il passé ? Rien. Je veux dire, rien de grave. Mes sombres pensées ne sont pas venues en bande pour m’étrangler. L’ennui ne m’a pas assaillie et aucun ancêtre échappé d’un film d’horreur ne m’a planté de couteau dans le dos. J’ai survécu au silence. L’expérience commençait plutôt bien. Moi qui pensais que sans amie télévisuelle, on ne donnerait plus très cher de ma peau, j’ai été surprise du résultat.

  • Qu’est-ce que j’en ai fait ? 

L’inquiétude dissipée, je me suis fait un café. Je me suis assise dehors, au soleil encore frais de printemps, sans aucune occupation. J’ai regardé le jardin, les feuilles qui bougeaient dans le vent, les oiseaux partout. La nature dans toute sa splendeur, agitée de mille mouvements, de centaines de bruits différents qui captent toute notre attention. De quoi rester là pendant des heures à déguster ce festin pour les cinq sens. Au bout de dix minutes, je suis rentrée, j’étais calme. Et pendant ce temps relativement long (court, d’accord, mais cela dépende d’où on part), je vous le promets, je n’ai pas pensé. C’était un exploit de ma part (applaudissements s’il vous plaît). J’ai décidé de poursuivre cet essai. Une fois détendue et concentrée par ma séance de plein air, j’ai pu écrire. Et puis manger aussi. Faire deux ou trois bricoles de ménage. Et continuer ainsi le reste de la journée. A aucun moment je ne me suis ennuyée. A aucun moment je ne me suis sentie seule. Surtout, à aucun moment n’est venue cette sensation de lassitude et d’écœurement que le bruit, la télévision, l’agitation permanente peuvent engendrer.

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Sucre

  • Et maintenant ? 

Je n’ai plus envie d’allumer la télé à tout bout de champ. Je n’ai plus peur de mes pensées. Au pire, je m’y intéresse cinq minutes et, si je le peux, concrètement, j’essaie de régler le problème qu’elles soulèvent. Au mieux, je les envoie bouler. Je sais profiter de l’immense profondeur que le silence permet d’explorer à l’intérieur (un temple, une steppe, un panorama immense, de fines enluminures), de la vastitude qu’il incite à aller voir à l’extérieur. Je suis devenue ma meilleure amie.

Alors, pas besoin de réserver une cellule dans le couvent le plus près de chez vous, ni de bâillonner vos proches pour qu’ils se taisent enfin. Quand vous en avez l’occasion, vous pouvez créer une atmosphère calme et détendue et privilégiant le silence. Et puis, avec un peu d’entraînement, vous constaterez que ce silence bienfaisant aura colonisé tout votre être. C’est ainsi que, même dans au-milieu de la foule et du bruit, en pleine ville, le silence sera là, au fond de vous, en vous, pour que vous y plongiez à tout moment et que vous y trouviez le réconfort nécessaire.

 


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