La nature est indomptable

L’été, c’est déjà demain et le printemps nous quitte en nous laissant haletant, agenouillés dans la terre, vaincus. Il y a trois mois de cela, tout était encore bourgeonnant, hésitant et les plantes sont sorties, les feuilles ont poussé, les branches ont grandi comme en accéléré. On se serait cru dans un documentaire nature lorsque les images suivent un rythme mille fois plus soutenu que la normale afin de montrer au téléspectateur le processus de croissance dans sa totalité et en peu de temps. Chaque jour, nous nous sommes levés, nous avons travaillé et nous sommes rentrés. Parfois, nous nous sommes absentés. Et toujours, nous avons essayé d’être vigilants. Aux herbes qui pointaient le bout de leur nez et menaçaient de recouvrir les gravillons. A la pelouse complètement folle dans sa course vers le ciel. En vain. La nature nous a envahis.

Le lierre, dans sa course effrénée pour s’approprier le plus de mètres carrés possibles de mur, s’en est pris aux rosiers.
Les rosiers, n’ayant pas été taillés, se sont donné pour mission d’atteindre le firmament et leurs branches lourdes de feuilles et de fleurs se sont dangereusement inclinées vers le sol.
Au niveau du pied, un énième noisetier est venu s’incruster et a accentué l’écartement des branches du pauvre rosier victime de sa désinvolture.

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Un autre compère noisetier s’est allié au lierre pour étouffer consciencieusement le vieil hortensia. Ensemble, ils ont réussi leur sale boulot de sucer ses racines et de le sécher jusqu’à la moelle.

Quand aux glycines adulées et tellement désirées en secret, elles se révèlent être de sacrées indomptables, se courbant et s’enroulant comme des boas constricteurs, y-compris autour des gouttières en plastique dont on ignore la résistance physique à tant de force déployée.

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En face, si l’on se retourne, le panorama n’est guère plus appétissant. La vigne qui produit un raisin bon pour les confitures a pris ses aises et a colonisé toute la haie. Le groseillier s’est cassé la figure, de même que le minuscule framboisier, là-bas, plus loin, qu’il a fallu attacher.

Le forsythia ne fleurit plus et pour cause : tel un coucou dans le nid d’un autre, les ronces ont élu domicile entre ses bras, lui pompant l’oxygène, sans gêne. Ensemble, ils forment maintenant une énorme masse végétale indécemment entremêlée dont on atteint plus le haut.

Les branches des arbres se couchent sur le fil à linge et donnent l’occasion aux oiseaux de se soulager plus aisément sur les vêtements étendus.

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Et puis encore des ronces.
Et puis encore un noisetier.
Et puis encore du lierre.
Et puis le même schéma partout. Le même débordement. La même sauvagerie.

Et puis le jardin du voisin si propre et si net, et nous dans notre jungle, les mains sur les hanches, constatant les dégâts.
Et vous savez quoi ? On est heureux comme ça.

Bien sûr, on apprécie les conseils. Mais on aime apprendre à connaître les arbres, les fleurs et les plantes. Avant de les ratatiner studieusement, nous adorons étudier leur diabolique croissance, leur manière de s’étendre et l’espace qu’elles revendiquent. Ensuite, seulement, nous nous posons des questions. Comment les contrôler, les circonscrire comme un incendie en Corse du Sud. Sans les éteindre. Sans les étreindre. Nous ne voulons pas d’un jardin-musée. Ni que l’on nous rabâche que nous aurions dû, que nous aurions pu, qu’il aurait fallu. Nous ne sommes pas de bons élèves et la perfection nous ennuie. Nous ne sommes pas des dominants et n’usons pas de notre position d’humain pour faire obéir la nature. Nous sommes de petites bestioles humbles et sans cesse étonnées devant la grandeur de ce qui nous entoure.


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