Explorations estivales

L’été est toujours l’occasion de se rendre dans d’autres régions de France, à la rencontre de jardins extraordinaires, étonnants, ravissants, passionnants. Cette fois-ci, nos explorations nous ont menés cap à l’ouest, dans le Maine et Loire et les Deux Sèvres, deux départements mal connus et pourtant fort intéressants de par leur douce géographie faite de courbes et de collines accueillantes et leur richesse patrimoniale et naturelle.

Arrêtons-nous tout d’abord à Bressuire, dans les Deux Sèvres, afin d’y visiter quelques merveilleux jardins. En premier lieu, les superbes parterres situés dans la cour intérieure du château représentent une excellente mise en bouche. Plantés de jolies fleurs aux couleurs vives, extrêmement bien entretenus, ils font preuve d’une originalité ambitieuse dans la taille des arbres, ainsi que dans les idées d’aménagement des plantes. Ces grimpantes pour lesquelles on a installé des fils suspendus afin de les engager à pousser en guirlandes reliant la terre aux feuillages des arbres est une très heureuse trouvaille. Mais le clou du spectacle se situe en contrebas…

Nous avons aperçu, depuis les remparts, des plantations qui nous ont donné une furieuse envie de dévaler la pente pour aller nous rendre compte de plus près des trésors qu’elles recelaient. Bien nous en a pris. Attention, il s’agit de collections ! C’est de l’art. En entrant, les courges nous accueillent et l’odeur captivante des chèvrefeuilles jaunes, blancs et rose forme une enceinte divine à ce jardin. Dès le début, nos sens sont en alerte puisque nous nous prenons au jeu et, frottant chaque variété entre nos doigts, nous comparons le parfum de la menthe-fraise avec celui de la menthe-pamplemousse ou encore de la menthe-chocolat. Vous nous croirez ou non, l’expérience est paradisiaque. Ensuite, nous découvrons des plants de piments d’Espelette, d’ocas du Pérou, des poiriers-melons, des succulents et trop ignorés crosnes et d’autres légumes rares. Ce jardin est l’éden des collectionneurs et des souvenirs d’enfance.
Si l’on poursuit la visite, ce sont des potagers en carré qui nous attendent, avec leur lots de plantes médicinales dont chacune possède un écriteau qui en révèle les vertus. Arnica des montagnes, menthe poivrée, badiane, mélisse sont réunis ici pour le plus grand bonheur des botanistes.

Plus loin, un mini conservatoire de tomates permet de découvrir des variétés aux noms plus drôles les uns que les autres : tomate beefsteak, miel du Mexique, ananas, russe, cristal…

Le plus incroyable est que l’accès à ces richesses se fait sans barrière, sans porte et surtout est totalement gratuit. De quoi procurer une joie intense à quiconque aime à nourrir ses cinq sens : toucher les plantes, les sentir, les observer… et, si l’on se pique de les cultiver, les goûter !

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Notre deuxième escale nous entraîne dans le parc oriental du village de Maulévrier. Située au-milieu des collines, au cœur d’un paysage rural et bucolique, la petite commune renferme pourtant un trésor. Créé dès la fin du XIXème siècle, à une époque où la mode orientaliste faisait fureur en France, le jardin est d’abord celui du château. C’est sous l’impulsion de l’architecte Alexandre Marcel que le parc prend tout son sens, en intégrant notamment des éléments architecturaux tout droit repris de l’exposition universelle de 1900. C’est notamment le cas d’un véritable temple khmer, dans lequel on peut encore aujourd’hui se recueillir. L’histoire serait trop simple si elle s’arrêtait là. En effet, Alexandre Marcel décédé et la famille Bergère, propriétaire du château, ayant quitté celui-ci, le parc connaît une longue période d’abandon à partir de 1945. Ce n’est qu’en 1980 que la commune rachète le lieu. Commence alors un véritable travail, non pas de remise en état, mais de restauration, comme il en va d’un monument. De grands horticulteurs japonais déterminent en effet une forte influence de la période Endo, ce qui fait du parc oriental de Maulévrier un témoignage historique vivant des techniques et de la conception botanique du Japon des XVIIè-XIXème siècles.

C’est sans doute cet héritage qui fait de cet espace naturel un joyau de perfection et d’harmonie. Chaque allée, chaque point de vue est orienté de manière calculée et précise. Chaque arbre est taillé à la perfection. Chaque chose est à sa place. Rien n’a été planté au hasard et c’est peut-être cette exigence millimétrée qui provoque au visiteur une sensation de bien-être inégalée. Dès l’entrée, le roucoulement de l’eau de la rivière qui serpente dans le parc entretient cette idée de fil conducteur sonore, ligne de vie qui parcourt les différents espaces : le jardin japonais, le jardin des ombres et de la lumière, le pont khmer et le pont de bois rouge, les îles. Le silence et la discrétion sont de mise et tout invite à la paix intérieure et au respect des pas de l’autre. Pas de tapage. Juste le bruit des semelles sur les sentiers, des conversations étouffées et la silhouette protectrice des grands arbres. A un certain point de notre parcours, nous nous sommes assis sur un banc de pierre et, au lieu de nous relever après quelques minutes de repos, nous sommes restés là, comme si cet endroit devait nous accueillir, nous recueillir pour le restant de nos jours. Le temps s’est arrêté. Nous avons respiré profondément. Nous étions bien.

Bien sûr, le circuit est organisé de telle sorte que le visiteur parvienne, vers la fin de sa déambulation, jusqu’à la boutique. Or, contrairement à la majorité des magasins ce genre qui proposent pêle-mêle des porte-clés en plastique et des Tour Eiffel sans aucun rapport avec le thème du parc, cette boutique-ci est en elle-même un lieu agréable à voir, avec ses délicats services en porcelaine, ses papiers à lettres finement décorés et ses échantillons de thés variés et parfumés. Et puis, non loin de là se trouve une serre qui initie à la taille des bonsaïs et en propose à la vente, ainsi que des céramiques et des pots en terre cuite plus beaux les uns que les autres. On est bien loin du commerce tapageur. En sortant du parc oriental, on n’a qu’une envie : y revenir à l’époque des cerisiers en fleurs, à l’automne quand les feuillages rougeoient, en hiver sous la neige, à chacune des saisons pour en savourer les charmes particuliers.

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