Don, travail et plaisir

Parfois, on ne sait pas d’où ça sort, on a de sérieuses conversations à la Pampa autour du traditionnel café de 11h. On dit que le café stimule, il faut croire que c’est vrai. Bref. Nous commentions une conversation entendue lors d’un match de hockey sur glace (oui, nous avons ce goût-là) au cours de laquelle un jeune sportif prometteur de l’une des meilleures équipes de France, assis derrière nous en tribune, évoquait les performances de son jeune frère, lui-même espoir du handball. De même, sur la glace évoluaient deux frères, chacun dans des équipes relativement fortes du championnat de France. Tandis que nous nous remémorions cela, donc, une conclusion nous vint immédiatement à l’esprit : il y a quelque chose là-dedans qui est de l’ordre de la prédestination génétique. Nous avons tous l’exemple d’un camarade de classe, d’un frère ou d’une sœur toujours plus fort que nous et ce sans forcément être un acharné du travail. Nous avons tous complexé face à ces capacités innées qui permettaient d’obtenir des bonnes notes pendant que nous, bourreaux de travail, nous n’étions toujours que moyens. Une question nous est alors venue : comment cela se fait-il ? Et par ce biais une autre interrogation nous a titillés : pourquoi pas nous ?

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Il existe des gens qui sont bons en tout. A l’école, dans leurs études, sportivement, intellectuellement, artistiquement. Des gens qui, quoi qu’ils tentent, réussissent tout ce qu’ils entreprennent. Dans le cas de sportifs, on peut se dire qu’ils sont eux-mêmes fils de personnes possédant des capacités hors normes. Dans le cas d’intellectuels, de scientifiques, que leurs parents, par leur métier, leur intelligence et leur savoir, leur ont transmis leurs prédispositions. Or, pour beaucoup d’entre eux, il n’en est rien. Fils d’ouvriers, d’employés, il ne sont pas nés dans des familles incroyables et possèdent cependant ces dons que nous leur envions. Nous en concluons que l’acquis y est certes pour quelque chose, mais que l’inné demeure la base. Injustice totale contre laquelle on ne peut pas lutter. On aura beau essayer de  s’améliorer, travailler dur, on sera toujours dépassés par ce camarade de classe, ce frère ou cette sœur. Nous, on sera toujours moyens. On se dit alors : moyen, c’est déjà bien. Bon cuisinier, possédant un joli timbre de voix, grattant quelques accords à la guitare, écrivant avec une jolie plume, maintenant un corps adapté à l’effort qui obtient d’assez bonnes performances. Moyen dans de si nombreux domaines comme nous le sommes, nous devrions nous en contenter. On se chuchote, honteusement, que certaines personnes ne sont bonnes en rien et que nous ferions mieux de ne pas étaler notre rancœur au grand jour…

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Pourtant, quelque chose nous déçoit. C’est que la passion s’en mêle. Si nous ne nous intéressions à rien, nous ne serions pas frustrés. Cependant, nous aimons par dessus tout certaines activités et déplorons de ne pas y exceller. Nous ne deviendrons jamais champion de tennis, pourtant, ce que nous aurions voulu l’être ! Nous ne serons ni l’écrivain à succès, ni la danseuse étoile, ni l’alpiniste adulé, ni la virtuose multi-instrumentiste que nous nous étions donné comme but de devenir. On touche ici aux rêves d’enfant. Et ce qui gratte, picote, irrite, c’est que d’autres qui n’y avaient même pas songé le deviennent sans effort particulier. Alors, comme nous sommes d’éternels enfants accrochés à leurs rêves, nous bossons. Nous trimons, nous entraînons, pratiquons, nous perfectionnons, transpirons, apprenons. Nous nous fatiguons à essayer de réussir, d’obtenir, de parvenir, d’atteindre… et d’être enfin reconnus pour ce que nous sommes : des personnes douées pour quelque chose. Forts d’une auto-persuasion sans bornes, nous nous convainquons que si nous ne sommes encore parvenus à rien d’abouti, c’est soit parce que nous n’avons pas travaillé assez, soit parce que nous n’avons pas encore trouvé le domaine pour lequel nous sommes faits. Mais, si l’on revient à notre conclusion de départ selon laquelle l’inné détiendrait l’entière solution à notre problème, on se demande bien à quoi nous sert de nous agiter autant dans le bocal…

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Une seule fenêtre s’ouvre alors à nous : celle du plaisir. Puisque nous refusons d’abandonner nos rêves d’enfant et que nous ne supporterions pas que quelqu’un nous signifie l’arrêt des frais, stop, ça ne sert à rien d’essayer, alors le plaisir est la seule porte de sortie. Si nous aimons écrire, écrivons. Quitte à laisser dans nos écrits quelques maladresses. Si nous aimons cuisiner, cuisinons. Quitte à ce que les tagliatelles ne soient pas al dente. Si  nous aimons danser, dansons. Notre partenaire ne nous en voudra pas de lui marcher une fois sur les pieds. Si nous aimons jouer au tennis de table, jouons. Peu importe si c’est un autre qui gagne le championnat du monde à notre place. Tout ce que nous aimons, faisons-le, avec plaisir. Cela nous apportera au moins le bonheur. Et nous obtiendrons en réalité la plus belle des reconnaissance : celle de notre corps et de notre esprit heureux d’avoir produit quelque chose. Réussissons à nous divertir et à aller de l’avant dans nos projets malgré nos lacunes et nos inconséquences. Allons jusqu’à nous réjouir de nos imperfections. Et, qui sait, peut-être qu’un jour le plaisir et la joie que nous aurons glissé dans nos réalisations nous permettra d’exceller… (oui, nous sommes incorrigibles).

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