Les serres du jardin d’Auteuil

Une fois que l’on a traversé la rue, on longe les grandes grilles qui entourent d’immenses arbres à l’ombre desquels on se doute qu’un autre monde nous attend. Sur la pointe des pieds, on entre. Tout commence par des battements d’ailes, des plumes vert émeraude qui nous survolent en sifflant, d’un sifflement que nos oreilles n’ont jamais entendu auparavant. Nous levons les yeux et découvrons le ballet aérien de volatiles exotiques qui voyagent et s’amusent en toute liberté dans le parc. Premier frisson que la nature nous offre. Nous sommes en Amazonie, aux portes de Paris. Il fait chaud et beau. Nous poursuivons notre chemin. Encore hésitants, nous pénétrons discrètement dans une première serre. Ici, les pots un peu en désordre garnis de plantes rares sont posés sur des tables, prêts à intégrer tel ou tel lieu précis du jardin. Nous posons notre nez sur les vitres et découvrons les richesses conservées, entretenues, soignées, plantées et replantées. Nous n’arrivons pas à réaliser que ces trésors nous sont accessibles, gratuitement. Et nous n’avons encore rien vu.

Dans le prolongement de la vaste allée centrale a été bâti très récemment le cour de tennis Simone Matthieu, superbe annexe du célèbre complexe de Roland Garros, situé juste de l’autre côté de la rue. La particularité de ce nouveau cour ? Non seulement situé au beau milieu du jardin des serres d’Auteuil, il est lui-même entouré de quatre serres correspondant chacune à un continent et abritant les plantes, arbres et fleurs originaires de la région du monde à laquelle est est consacrée. Nous parcourons ainsi l’Afrique, l’Asie, l’Amérique et l’Océanie et remarquons les merveilleuses couleurs, odeurs et textures d’incroyables végétaux.

Une autre serre, un peu plus loin, semble être l’un des clous du spectacle. On dirait qu’on y a mis tout ce qu’il y avait de plus beau : un petit plan d’eau dans lequel barbotent des espèces aquatiques ; des oiseaux paradisiaques ; des fleurs sublimes ; des tonnelles envahies de plantes grimpantes et rampantes ; un charmant salon de jardin qui invite à la méditation ; un phénoménal palmier géant dont les palmes les plus hautes tutoient le toit de la serre. Au demeurant, si on ne lève pas les yeux, on pourrait aisément se croire dans un écosystème tropical, voyageurs au regard ébahi à la rencontre de terres encore vierges de la présence des hommes. D’ailleurs, même si les visiteurs sont omniprésents, le silence est de mise, chacun parlant à voix basse, ému et humble face à tant de grandeur.

A l’heure où les forêts du monde brûlent (ceci n’étant pas une grande nouvelle et il ne faut pas se fier à la surmédiatisation soudaine de l’Amazonie : toutes les forêts du monde brûlent et depuis des années sans que personne n’y prête véritablement attention) à cause de la déforestation, de la culture irraisonnée de palmiers à huile, d’eucalyptus et du soja tant aimé en Europe (puisqu’il nourrit nos bovins), passer quelques heures dans les serres du jardin d’Auteuil remet les idées et les hommes à leur place, nous recadre et nous resituent en tant que partie prenante de cette luxuriante nature qui nous entoure et dont nous avons cessé de prendre soin. Ainsi, être en contact avec ces plantes tellement vivantes et expressives, que l’on sent presque respirer, nous réaffirme que nous ne sommes pas supérieurs à la nature, mais une espèce parmi toutes les autres. L’humilité, le respect, la gratitude et la communion, tels sont les sentiments qui devraient nous animer.

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