Changements récents

Il n’est jamais trop tard pour évoluer et pour questionner des modes de fonctionnement qui nous semblaient évidents et qui, éclairés sous un nouveau jour, ne nous conviennent plus. Il n’est jamais trop tard pour changer, se simplifier la vie, se rendre l’existence plus douce. Ces derniers temps, à la Pampa, subrepticement et sans obéissance aucune aux injonctions bien pensantes qui nous disent quoi faire et ne pas faire, de légers virages ont été pris…

D’abord, j’ai ressorti ma cafetière italienne. Elle sommeillait dans mes placards depuis le temps où j’avais découvert les capsules jetables, tellement plus rapides et simples d’utilisation. Au début, le goût m’avait étonnée et puis je m’y étais faite. Au fond, celles que nous achetons ne sont pas si mauvaises. On peut même dire que cela ressemble à du vrai café. En outre, le fait que leur enveloppe soit faite de papier et qu’elles soient plates n’augmente pas tant que cela le volume de nos déchets. Or, j’ignore pourquoi, un jour, l’odeur du café m’a manqué. Celle que je sentais le matin en descendant l’escalier qui craque d’une maison-refuge. Le roucoulement du breuvage sur le gaz qui appelle la tasse et annonce que le café est prêt. Le bruit du couvercle en métal qui se rabat. Et le goût, intemporel. Alors, je me suis acheté un paquet de café de bonne qualité. Une fois ouvert, j’ai fait comme avant, comme on me l’avait appris : je l’ai versé tout entier dans un bocal en verre sur lequel j’ai découpé et scotché l’étiquette du paquet, afin de le conserver au frigo et de lui permettre de garder tous ses arômes. Quel bonheur ça a été de savourer cet instant de plaisir, de mettre tous mes sens à contribution et de ne rien faire d’autre qu’être assise là, à ma table de cuisine, seule, en silence, à boire du café.

Par ailleurs, j’ai gardé le marc que j’ai réutilisé pour me faire un gommage. Au début, j’ai un peu hésité à me tartiner le corps de ce brun granuleux qui allait se répandre partout sur le sol de la douche et qu’il faudrait rincer ensuite. Mais, au fond, le café, ce n’est pas sale ! Ma surprise a été grande lorsque j’ai découvert que le marc de café remplaçait non seulement une crème de gommage achetée dans le commerce avec je ne sais quoi à l’intérieur, mais également la crème hydratante que l’on peut utiliser ensuite ou séparément. Deux produits en un réunis dans un seul et unique composant naturel et tout ce qu’il y a de plus basique : j’étais séduite.

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Tant qu’on est dans le bien-être corporel, j’ai décidé de me passer, la plupart du temps, de soutiens-gorge. Ce truc-là est le digne successeur du corset, cet appareil coercitif pour la respiration qui était censé embellir les femmes. en d’autres termes, les empêcher de ressembler à des paysannes dont les seins se baladaient de droite et de gauche lors des travaux des champs. Et des seins qui se baladent, ce n’était pas digne d’une bourgeoise. Il fallait être droite, impeccable, pas un cheveux qui dépasse et les seins hauts et fermes. C’est à l’exposition universelle de Paris en 1889 qu’est présenté le premier soutien-gorge, une véritable révolution pour la femme moderne. Du moins, le croit-on. Car toutes les femmes vous le diront : il n’y a rien de plus désagréable que la marque de l’élastique sur la peau, les bretelles qui s’incrustent dans les épaules, les armatures qui perforent le tissu et viennent se planter dans la chair, les heures à chercher la forme et le modèle idéals, sans parler de l’impression d’être comprimée du matin au soir. La libération de la femme à laquelle nous assistons ces derniers temps a inclus dans son mouvement le « no bra », pas de soutien-gorge. Après tout, pourquoi se cacher derrière le plus de tissus possibles ? Le fait que l’on soit des femmes ne peut se nier ! Or, il y a la société. Le regard de l’autre. Honnêtement, si pour sortir dans la rue, aller rendre visite à des amis ou faire le marché, je n’hésite pas une seule seconde à me défaire de cet objet de malheur, je ne me sens pas du tout prête à aller travailler sans (N.B. : Je travaille face à des adolescents). Un jour viendra où le choix s’opérera naturellement : ou bien j’assume, ou bien je change de métier !

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Mais revenons à la cuisine. Je me suis souvenue l’autre jour de la sauce vinaigrette de mon enfance. Les petites bouteilles toutes prêtes disponibles en magasin avaient l’avantage de me faire gagner du temps, mais elles désemplissaient vite, on frisait sans cesse la rupture de stock dans les placards et, mine de rien, elle remplissaient lentement mais sûrement la poubelle jaune. J’ai donc sorti un pot de confiture et c’était reparti : moutarde, vinaigre balsamique ou vinaigre de cidre, huile d’olive, de noix, de noisette, de pépins de raisin ou de tout ce qu’on veut, petites herbes, le choix était vaste. Un couvercle, au frigo, le tour était joué. Plus jamais de rupture. Plus jamais de déchets.

Autre intention du moment : celle de préparer sur mon temps libre (le mercredi après-midi, le week-end, les soirs où j’ai le temps) nos propres goûters et gâteaux apéro, des petites choses à grignoter dans la journée. Cakes marbrés, madeleines aux pépites de chocolat, petits sablés au parmesan, scones au curry viendront remplacer les paquets de « petits élèves au chocolat » et autres gourmandises. S’il serait intolérable de se priver de douceurs dans une vie qui en a bien besoin, réduire le sucre, le sel et les conservateurs n’est pas exclu. Bien sûr, les jours de flemme ou d’horaires serrés, on a aucun scrupule à revenir aux bons vieux produits du supermarché. Mais, quand on a envie de prendre le temps de bien faire les choses, on met la main à la pâte. Et c’est tellement meilleur de se nourrir de choses que l’on a faites soi-même !

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Autre point important dans notre existence : le rangement. Certains diront ironiquement que je me « kondoïse » et que je suis devenue adepte des préceptes de la célèbre papesse du rangement. S’il elle est trop extrémiste pour moi sur certains aspects, il est indéniable que le rangement, l’éclaircissement de l’espace, l’allègement des surfaces et l’élimination de tout l’inutile fatras qui nous entoure est salvateur. C’est ainsi que des dizaines et des dizaines de livres, des vêtements trop petits ou peu portés, des jouets pour enfant ayant fait leur temps sont allés remplir joyeusement les entrepôts d’associations qui sont toujours en demande. Certes, il faudrait faire plusieurs tours à la déchetterie. Certes, le résultat n’est pas encore à la hauteur des espérances. Mais Paris ne s’est pas fait en un jour et la joie de voir le travail avancer malgré tout est indescriptible. Avoir plus d’espace. Se défaire des pensées parasites en même temps que des objets inutiles. Enfin, respirer. Avoir le champ libre. Certains disent que le temps, c’est de l’argent. Nous, nous disons que l’espace, c’est du temps. On ignore encore par quel miracle, mais posséder moins nous permet d’avoir plus de temps. Sans doute parce que le superflu occupe notre quotidien et que s’en séparer revient à s’intéresser aux choses essentielles. Qui sait…

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Dernier point important et non des moindres : la communication à outrance. Je suis toujours en cure de désintoxication des réseaux sociaux (une drogue aussi féroce que le sucre) et essaie chaque jour de réprimer mes envies de surf sur écran et de commentaires et autres débats inutiles. Lorsque je passe plus de temps à regarder les oiseaux et à boire un café en silence dans ma cuisine qu’à parcourir des actualités qui me mettent en colère et auxquelles je ne peux rien, vous le croirez ou non : je me sens mieux. Alors, j’y travaille. De même, j’écris des lettres à mes amis plutôt que des mails à la va-vite. Je leur rends visite et laisse le temps qui sépare nos rencontres se remplir de choses à se raconter plus tard, plutôt que de leur bombarder mes impressions par SMS. Je relis plusieurs fois une phrase qui m’a plu dans un roman afin de m’en imprégner plutôt que de la recopier sur un réseau social et d’attendre une hypothétique approbation de la part de mes semblables. Je bosse. Chaque fois qu’une envie de communication superficielle me chatouille, je me demande si 1. c’est nécessaire, 2. ça va me faire du bien, 3. ça va apporter quelque chose à quelqu’un. Souvent, la réponse est invariablement la même : ben, non ! Alors, je garde le moment pour moi, je le savoure intérieurement comme un bonbon au miel. Et ça me suffit.

Bien sûr, ces lignes ne reflètent que des avancées partielles et des étapes sur le chemin. Mais elles ont le mérite de représenter des évolutions personnelles profondes. Car il ne suffit pas de lire des tas de livres et d’articles pour savoir quoi faire de sa vie. Le mieux est d’être à l’écoute de ses besoins réels et de tenter d’y répondre de la plus jolie manière possible.


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