Vivre ici, désirer l’ailleurs

Être en suspens. Avoir un mal fou à défaire ses cartons. Garder cinq ou six grosses valises. Au cas où. Avoir la bougeotte. Redouter la routine. Craindre l’enkystement. Se sentir nomade, au fond. Génétiquement.

Malgré tout, s’installer. Décider de vivre ici. Acheter. Meubler. Rester.

Et désirer l’ailleurs, ardemment. Contradiction. Insoluble tiraillement. Vouloir être comme tout le monde, obstinément. Mais être du voyage, constamment. Être dans l’impossibilité de renier ses racines, quoi qu’on fasse, quoi qu’on dise.

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Croiser d’autres oiseaux sur les branches. Savoir que l’on est une grande bande de manouches attachés au piquet, chèvres volontaires qui ne rêvent que de gambader. Se rassurer. Pas tant que cela. Espérer.

Essayer. Explorer la maison, la regarder autrement, avec indulgence, gentiment. S’imaginer avoir atteint le Graal. Se contenter de ce que l’on a. Philosopher. Accepter. Se résigner. Se dire que l’on a un toit, que l’on est abrité des périls, plus jamais en danger. Aimer ses murs, ses recoins. Se construire un refuge. Apprendre à habiter. Cultiver son jardin, tailler ses rosiers, récolter ce que l’on sème, arranger. Décorer, repeindre, respirer au rythme de la demeure que l’on s’est choisie. Espérer que ce mariage un peu forcé se transforme en amour. Avec le temps.

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Imaginer la vie autrement. Ailleurs, obsessivement. Fantasmer les collines, les chemins, les toits de tuiles et les murs de pierres sèches. Se construire des albums dans la tête et les feuilleter la nuit, en cachette. Vouloir une porte verte et la vue sur l’océan, un saule pleureur au bord de la rivière, un mas à retaper. Et tout recommencer. Au matin, avoir envie de tout quitter. Dépoussiérer ses valises. Retrouver ses cartons. Ne plus supporter d’être enfermé. Avoir peur d’imploser. S’impatienter.

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Se ressaisir. Encore une fois, essayer. Chercher dans l’ici ce que l’on désire ardemment dans l’ailleurs. Prendre les vessies pour des lanternes. Se leurrer, se mentir un peu. Se construire une table basse avec des parpaings, des bibliothèques avec des vieux tiroirs. Récupérer ce que l’on trouve au grenier. Faire bosser sa créativité. Se falsifier un palais de bric et de broc. Bric à brac d’espérances. Lutter, sincèrement. Trouver ça beau. Un peu.

Soupirer. Trouver ces ersatz nuls à chier.

Et alors, partir, ou rester ?


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